L’armée américaine dépense plus en Viagra que pour la santé des trans

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Lorsque le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé cette semaine sa décision d’interdire l’armée aux personnes trans dans une série de tweets, il a déclaré: «Nos militaires … ne peuvent pas être entravés par les énormes coûts médicaux et les perturbations que les militaires trans pourraient entraîner».

Mais sa déclaration a semblé assez ridicule une fois que la presse a mentionné que l’armée dépense 41,6 millions de dollars par an en Viagra, près de cinq à 20 fois ce qu’il en coûterait pour financer les soins de santé aux personnes trans.

Alors que le Viagra concerne surtout les vétérans souffrant de dysfonction érectile du au syndrome de stress post-traumatique, cela nous a amusés de partager d’autres vérités incroyables au sujet de l’interdiction de Trump.

1. Trump a menti lorsqu’il dit avoir consulté les militaires

Les tweets initiaux de Trump ont déclaré qu’il avait pris sa décision «après avoir consulté mes généraux et mes experts militaires», mais il est devenu de plus en plus clair que c’est faux. Le jour de l’annonce de Trump, la Maison Blanche a renvoyé toutes les questions sur l’interdiction au Pentagone (le siège du Département américain de la Défense) et le Pentagone a renvoyé toutes les demandes de renseignements à la Maison-Blanche.

Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, était en vacances lorsque Trump a publié ses tweets et aurait été «furieux» et «consterné» par les tweets, les considérant comme une insulte aux militaires trans actuellement en service. Beaucoup étaient sortis du placard, après juillet 2016, après avoir entendu l’intention affichée de l’armée de laisser les personnes trans servir ouvertement.

Le chef d’état-major de l’armée, le général Mark Milley, a déclaré qu’il avait découvert l’interdiction de Trump par les infos. Le général Joseph Dunford, à la tête des armées, a déclaré qu’il n’était pas au courant du projet de Trump visant à interdire les membres de l’armée trans, ce qui implique que les autres chefs militaires ne le savaient pas non plus. David Shulkin, secrétaire aux Anciens Combattants, a déclaré qu’il n’était pas au courant des plans de Trump.

Alors que Trump a peut-être consulté des généraux et des experts militaires, il n’a consulté aucun des dirigeants actifs ni aucun des leaders militaires.

2. Beaucoup ne soutiennent pas l’interdiction de Trump (et cela inclut le leadership militaire)

Dunford a déclaré que jusqu’à ce que l’interdiction de Trump devienne une politique officielle, «nous continuerons à traiter tout notre personnel avec respect», ce qui insinuant que l’interdiction de Trump traite les soldats trans avec irrespect. Il a ajouté: «Compte tenu de la lutte actuelle et des défis auxquels nous sommes confrontés, nous resterons concentrés sur l’accomplissement de nos missions assignées», ce qui implique que l’interdiction de Trump était une distraction par rapport aux missions en cours.

Dunford n’est pas seul à avoir cette opinion. Un récent sondage Reuters / Ipsos sur 1 249 adultes américains (dont 533 démocrates et 434 républicains) a révélé que 58% étaient d’accord avec l’affirmation: «Les personnes transgenres devraient être autorisées à servir dans les forces armées».

Sept congressistes républicains sont ouvertement en désaccord avec l’interdiction de Trump. En plus des sept congressistes républicains, 19 procureurs généraux de l’État s’opposent également à l’interdiction.

Même Caitlyn Jenner, fervente supportrice de Trump, est opposée à cette mesure.

3. Trump l’a fait soit comme une diversion ou une façon de mobiliser sa base ou les deux

Il existe de nombreuses explications pour la décision inattendue de Trump. La journaliste lesbienne Rachel Maddow, a déclaré que cela pourrait être un moyen de faire diversion face à l’échec de la remise en cause par Trump de l’Obamacare, face aussi à l’enquête sur sa possible collusion avec la Russie lors des élections ou pour apaiser sa base évangélique de droite alors qu’il aurait envisagé de licencier le procureur général Jeff Sessions (un personnage aimé par la droite pour son soutien à l’expulsion massive d’immigrants).

Mais Richard Kim, de The Nation, a déclaré que cette interdiction n’était pas une diversion, mais plutôt un prolongement « transactionnel » de ses politiques anti-LGBTQ destinées à gagner le soutien des évangélistes chrétiens blancs qui l’ont élu. En effet, 81% des électeurs évangéliques ont voté pour Trump.

The Nation a écrit:

« Trump a écrit ses tweets pour caresser dans le sens du poil la faction évangélique d’extrême droite, dirigée par la députée de Missouri Vicky Hartzler, qui cherchait à interdire aux militaires de payer une chirurgie de transition ou une hormonothérapie pour les membres  transgenres de l’armée, et qui menaçait de retirer son soutien pour le mur promis par Trump le long de la frontière mexicaine jusqu’à ce que ses demandes soient satisfaites. « 

Lorsque Trump a appris que le financement de son mur était en difficulté, il a lancé l’interdiction des personnes trans dans l’armée – problème résolu!

Une autre possibilité est ce qu’un fonctionnaire de l’administration de Trump a déclaré:

« [L’interdiction] oblige les Démocrates dans les États comme l’Ohio, le Michigan et le Wisconsin à s’emparer du sujet. Comment les électeurs à col bleu [les ouvriers] dans ces états répondront-ils lorsque des sénateurs comme Debbie Stabenow , candidate à sa réélection en 2018, seront forcés de faire de leur opposition à [cette interdiction] un thème de campagne?

Mais étant donné que la plupart des Américains soutiennent les militaires trans, Trump peut avoir surestimé l’attrait de sa politique.

4. Jusqu’à présent, son interdiction n’est pas encore une politique officielle et n’a fait que rendre les gens nerveux

Les Tweets ne font pas la loi et, jusqu’à ce que Trump réclame un changement de politique officielle au secrétaire de la Défense Jim Mattis, l’armée a déclaré qu’elle continuera ses activités comme d’habitude.

Nous savons que Trump ne s’intéresse pas aux détails législatifs et politiques, et bientôt il faudra que lui et l’armée puissent déterminer comment gérer les militaires trans, dont le nombre est estimé entre 1 320 à 15 000, incluant les personnes à tous les niveaux et dans toutes les branches, y compris les capitaines, les officiers du renseignement et le personnel des sous-marins qui servent actuellement en combat actif tout autant que les vétérans qui reçoivent des prestations militaires.

Maintenant, tous ces membres de l’armée trans sont menacés tandis que Trump, l’armée et le reste du monde se demandent comment avancer.

Si vous vous souvenez de la lutte pour abroger « Don’t Ask, Don’t Tell », l’interdiction de l’armée aux membres ouvertement gays ou lesbiennes, vous vous souviendrez d’innombrables vétérans qui ont parlé de la façon dont ils et elles se sont battu.e.s pour leur pays pour être ensuite trahi.e.s par une politique injuste. Les vétérans se sont enchaîné.e.s à la clôture de la Maison Blanche, ont partagé leurs histoires de privation des droits avec des médias et ont fait des vidéos sur leurs difficultés en vertu des politiques actuelles.

Un remake, avec les membres trans de l’armée, n’est peut être pas très  loin.