Hélène Bidard: « J’aimerais que le futur Centre d’archives LGBT prenne le nom de Cleews Vellay »

On avance! Hier dans Libération, Bruno Julliard, premier adjoint à la mairie de Paris, a annoncé que le Centre d’archives LGBT de Paris pourrait enfin voir le jour en 2020. « Il était temps d’avancer et de marquer un tournant historique pour le mouvement LGBT. Le contexte du film [120 battements par minute] a permis une prise de conscience et a légitimé la prise de décision. », explique-t-il au quotidien.

Une prise de conscience sans doute aidée par l’impatience croissante des associations et des élus Verts, qui avaient été les premiers à porter le projet devant le Conseil de Paris au début du mandat d’Anne Hidalgo.

Si l’annonce a été bien accueillie par le collectif Archives LGBTI, ses militants estiment que 2020 est trop éloigné:

« L’accueil des archives, le recueil aussi de la parole des LGBTQI d’hier et d’aujourd’hui est, de l’avis général, une urgence ; le film 120 battements par minute l’a rappelée. Du fait de cette urgence comme du besoin de crédibiliser un projet trop longtemps reporté, nous ne saurions valider l’idée que le centre d’archives ouvrirait à un horizon lointain comme 2020, sans qu’il n’existe aucune autre étape intermédiaire que le box de stockage limité actuel. [un box de 40mètres cube mis à disposition par la ville pour recueillir les archives qui pourraient être jetées] »

Afin de détailler cette annonce et de faire un point précis sur la situation, l’adjointe qui pilote le dossier, Hélène Bidard, chargée l’égalité hommes femmes et de la lutte contre les discriminations, a reçu Hornet dans son bureau de l’Hôtel de Ville.

Hélène Bidard défend sa méthode

Face à l’impatience des uns et des autres, l’élue communiste défend d’abord sa méthode depuis le début de la mandature: « faire pas à pas, poser les fondations nécessaires pour que le projet puisse aboutir ».

Ensuite, Hélène Bidard tient à  trancher un point qui a pu faire débat: pour elle, le projet doit être celui des « archives nationales à Paris», et non des archives du seul mouvement LGBT local. « C’est un mouvement social qui a bouleversé l’histoire de la France et ce n’est pas un mouvement juste parisien », plaide-t-elle.

Qui dit « nationale » dit que l’Etat doit s’en mêler. Cela devrait être possible via la Dilcrah. « On souhaite une contractualisation avec la Dilcrah sur la gestion d’un site internet et la gestion d’un centre d’archives nationales à Paris. Il y a aussi une demande immédiate d’un poste d’archiviste professionnel. », explique l’élue.

Le site web, prévu pour 2018, « servirait à financer un laboratoire de chercheurs qui pourraient animer un portail internet, nous permettant de signaler et répertorier les archives LGBT en France. », détaille Hélène Bidard, avant d’ajouter: « Quel que soit le lieu physique, toutes les archives LGBT n’y seront pas. Ce n’est pas le but. On ne va pas déshabiller le Mucem, les Archives nationales et les autres fonds »

Le Centre pourrait s’installer dans une mairie d’arrondissement

Jusqu’ici le projet achoppait principalement sur le lieu. C’est Bruno Julliard qui a eu l’idée de le situer dans l’une des mairies d’arrondissement qui seront libérées à la prochaine élection municipale en 2020 (ou 2021, le gouvernement réfléchissant actuellement à changer la date). La mairie du IVème, située place Baudoyer, en bordure du Marais semble pour l’instant avoir la préférence de l’exécutif. Mais avec ses milliers de mètres carrés, le bâtiment est sans doute un peu surdimensionné pour le projet. D’où l’hypothèse avancée par le premier adjoint d’éventuellement y installer aussi le Centre LGBT, situé actuellement rue Beaubourg, à quelques centaines de mètres de là.

Et si jamais la gauche perd les élections municipales? « Je ne veux pas me poser la question comme ça. On veut avancer pour faire en sorte que le projet soit inéluctable. », répond l’adjointe.

Prochaine étape: l’organisation d’un colloque en 2018, « qui dessinera le contour du futur Centre », souhaite Hélène Bidard. « Ce n’est pas juste une réunion où on va discuter et se faire plaisir. Il est fondateur. Je souhaite qu’il soit co organisé avec les associations, à qui nous allons proposer de désigner un comité scientifique. »

Les associations seront donc réunies le 18 novembre prochain, afin de poursuivre les échanges.

Dans Libération, Bruno Julliard estime qu’il ne faut surtout pas faire de musée. Hélène Bidard explique: « Si c’est pour faire un musée il y a le Mucem, si c’est pour les chercheurs, il y a les archives nationales. Donc on est bien dans quelque chose qui est entre deux. Il faut que les associations aient une place à l’intérieur de ça, pour faire vivre la mémoire du mouvement et le mouvement tout court. »

« Cela fait partie des choses qui doivent être discutées au colloque. », conclut-elle.

En attendant, l’adjointe nous annonce que l’Hôtel de Ville de Paris devrait accueillir une expo d’artefacts militants en 2019. Les objets pourront ensuite rejoindre le futur projet.

Un Centre d’Archives LGBT Cleews Vellay?

Avant de terminer la discussion, Hélène Bidard nous fait part fièrement de sa « cerise sur le gâteau. » « On réfléchit depuis trois ans à ce que l’espace parisien soit marqué du nom et de la mémoire de Cleews Vellay. On a recherché différentes pistes ça n’aboutit pas. J’aimerais que le Centre d’archives prenne le nom de Cleews Vellay. Cela montrerait bien l’enjeu mouvement social national avec tout ce que ça veut dire et ce que ça a bouleversé.». Cleews Vellay fut le charismatique président d’Act Up-Paris de 1992 à 1994. Il a inspiré le personnage de Sean dans 120 battements par minute.

Avec son compagnon, Philippe Labbey Cleews Vellay s’est beaucoup battu pour la création du Centre LGBT.  L’idée sera soumise à Act Up-Paris prochainement. La mairie recherche également la famille du militant, mort fin 1994, mais sans succès jusqu’ici.