La Chine interdit les informations, les photos et les vidéos LGBT du web

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Le 30 juin, le gouvernement chinois a interdit tout contenu LGBT sur Internet. La nouvelle réglementation, appliquée par la China Netcasting Services Association, censure tout contenu en ligne – dont les contenus vidéo et audio – qui affiche des «comportements sexuels anormaux», y compris l’homosexualité.

Les autres contenus qui seront censurés ou interdits de façon pure et simple incluent tout ce qui favorise les «modes de vie luxueux» ou «l’obscénité».

Beaucoup considèrent la nouvelle réglementation comme la dernière tentative du gouvernement chinois de renforcer son emprise sur Internet. La Chine n’a jamais eu un excellent bilan en matière de liberté d’expression, mais en mai, la nation a actualisé son contrôle sur Internet, imposant des restrictions lourdes aux médias. Désormais, les sites web, les blogs et les outils de messagerie instantanée doivent tous obtenir des licences du gouvernement pour opérer.

Mais c’est aussi une nouvelle tentative de la Chine de réprimer les LGBT.

Le magazine chinois LGBT Gay Voice a commenté le nouveau règlement en disant: «Les fausses informations contenues dans ce règlement ont déjà causé des dommages à la communauté chinoise LGBT, qui est déjà soumise à des préjugés et à la discrimination».

Il y a un mois, une conférence LGBT dans la ville de Xi’an a été annulée lorsque les organisateurs – le groupe des droits LGBT Speak Out – ont été informés par la police que les gays n’étaient pas les bienvenus dans la ville. Au moins 400 personnes étaient censées participer à la conférence, qui visait à discuter de la discrimination à l’égard de la communauté LGBT en Chine. Au lieu de cela, neuf militants ont été embarqués par les forces de l’ordre et retenus pendant huit heures. On leur a dit que « les événements LGBT ne peuvent plus être organisés à Xi’an » et « Xi’an ne souhaite pas la bienvenue aux événements LGBT ».

Deux applications LGBT ont été fermées en Chine au cours des derniers mois. La première, Zank, a fonctionné pendant quatre ans avant de cesser d’exister en avril. L’application a affirmé que le régulateur de l’internet en Chine la rendait responsable de la diffusion de contenus pornographiques. En mai, Rela, une application chinoise de rencontres destinée aux lesbiennes, a été fermée, ainsi que son site web et son compte de média social. Cette application, cependant, affirme qu’elle va repartir.

En juin, le dernier film de Ridley Scott, Alien: Covenant, est sorti en Chine, mais le film avait été censuré d’un moment particulier: le « baiser gay » (en fait un baiser entre l’acteur Michael Fassbender et lui-même) qui a lieu vers la fin du film. « Vous pouvez vraiment sentir que quelque chose manque au moment où le baiser gay est censé être », a déclaré un publicitaire chinois à The Hollywood Reporter.

En 2005, la Chine avait interdit la sortie de Brokeback Mountain d’Ang Lee. Mais le «moment gay» dans le remake de La Belle et la Bête – largement couvert par les médias – a été conservé dans la sortie du film en Chine, alors qu’il a été censuré en Malaisie et a reçu un avertissement en Russie. En fait, le journal officiel du Parti communiste chinois, Le Quotidien du Peuple, a utiliser cela pour montrer la «tolérance» du pays aux problèmes LGBT.

C’est un excellent exemple du trouble actuel de la Chine en ce qui concerne les LGBT.

Forbes estime que les entreprises destinées aux LGBT chinois représentent des dizaines de millions de clients, et la Chine est le troisième plus grand marché LGBT au monde (après l’Europe et les États-Unis), pour une valeur de 300 milliards de dollars. Mais Forbes indique également que le gouvernement communiste du pays tente activement d’éliminer la culture LGBT.

« Le gouvernement communiste chinois ne soutient pas les causes LGBT ni beaucoup d’autres causes sociales », affirme l’édito de Forbes, ce qui est peut-être l’euphémisme du siècle. « Pourtant, la Chine n’a pas une religion organisée forte, de sorte que la communauté LGBT est tacitement acceptée aussi longtemps [que] elle [ne] s’oppose pas à l’autorité ou annule l’espoir de tous les anciens conservateurs s’inquiétant d’avoir des petits-enfants pour continuer la ligne familiale .  »

Une telle vision de la Chine et son traitement des questions LGBTQ sont trop simples pour être vraies, comme l’illustrent les nouvelles réglementations du pays en ce qui concerne le contenu queer, la disparition des applications LGBT et la censure des films.

Un reportage de Newsweek, la semaine dernière, montre que la Chine est «le pire endroit au monde pour les LGBT», selon les résultats d’un sondage. Bien que cela puisse sembler un peu exagéré – la Tchétchénie a tenté une éradication à grande échelle des gays – les résidents chinois ont rapidement parlé de la difficulté d’être ouvertement gay dans le pays. Ils ont notamment indiqué l’absence d’acceptation par le gouvernement et par leurs familles.

En 2013, un sondage du Pew Research Centre  indiquait que seulement 21% de la population chinoise était en faveur de l’homosexualité, et la «thérapie de conversion» est encore pratiqué en Chine.

Pourtant, la majorité des jeunes chinois soutient le mariage des couples de même sexe, et des établissements gays existent dans l’ensemble de cet immense pays.

En juin, l’île de Taïwan est devenue le premier pays d’Asie à légaliser le mariage des couples de même sexe, un moment qui a réjoui les LGBT et les organisations LGBT dans le monde entier. Cela serait-il imaginable sur le continent?

Si la nouvelle réglementation anti-LGBT en Chine nous montre quelque chose, c’est que ce pays avance officiellement dans la direction opposée.

Traduction: Christophe Martet

 

Image principale par iPandastudio via iStock