danielle darrieux

Danielle Darrieux, qui a 100 ans aujourd’hui, a fasciné des générations de cinéastes, de Max Ophüls à François Ozon, Jacques Demy et Paul Vecchiali

Danielle Darrieux, de son nom complet Danielle Yvonne Marie Antoinette Darrieux, est née le 1er mai 1917 à Bordeaux. Sa carrière de chanteuse mais surtout d’actrice de cinéma et de théâtre est une des plus longues dans le monde. Depuis huit décennies, Danielle Darrieux a tourné avec les plus grands réalisateurs (mais peu de réalisatrices) et certains de ses films font partie des œuvres les plus souvent citées dans les listes des meilleurs films du cinéma mondial.

Elle a abordé tous les rôles, comédie, drames historiques, mélos, comédies musicales avec sa grâce légendaire. Max Ophüls, qui la fera tourner trois fois (La Ronde, Le Plaisir) lui offrira son plus rôle dans Madame De… Sur Danielle Darrieux, voici ce qu’il disait:

« Quelle sublime comédienne ! Regardez ce tendre mouvement de l’épaule ! Regardez ses yeux mi-fermés ! Et son sourire… oui, son sourire qui ne sourit pas, mais qui pleure ou qui fait pleurer. »

De 1931 à 2010 (elle n’a plus tourné depuis) Danielle Darrieux a joué dans pas moins de 113 films, avec Henri Decoin, Billy Wilder, Joseph Mankiewicz, Sacha Guitry ou encore Marc Allégret. A partir des années 60, elle a aussi irradié de sa présence les films de plusieurs générations de cinéastes gays.

En 1961, elle fait une apparition dans Les Petits Drames, de Paul Vecchiali. En 1967, Jacques Demy lui offre le rôle d’Yvonne Garnier, la patronne du bar dans Les Demoiselles de Rochefort, la mère des jumelles, qui rêvait d’une aventure au bord du Pacifique, « pour écouter de la musique douce en lisant des poèmes. » Il avait déjà pensé à elle pour jouer la mère dans Les Parapluies de Cherbourg, car elle aurait pu chanter son rôle, mais le budget du film était trop faible pour l’envisager.

 

Dans une interview aux Cahiers du cinéma, en 1982, année de la sortie d’Une chambre en ville, dans lequel Darrieux interprète une ancienne aristocrate un peu portée sur le gros plant (un vin blanc de Loire) et qui loue une chambre à un ouvrier métallurgiste (Richard Berry), Jacques Demy parle longuement de l’actrice, « la femme idéale » de son enfance.

Il dit: Elle m’a dit une chose merveilleuse, qui m’a touché dans sa modestie et sa justesse, et qui explique bien son comportement et sa carrière: « Je suis un instrument, il faut savoir jouer de moi, alors on sait en jouer ou on ne sait pas. » […] C’est un miracle d’équilibre, de bonne santé et de bonne humeur. »

 

 

En 1968, le réalisateur Dominique Delouche lui offre un rôle à sa mesure avec Vingt-quatre Heures de la vie d’une femme, d’après le sublime roman de Stefan Zweig.

Sept ans plus tard, Delouche teint Danielle Darrieux en blonde platine assez camp dans Divine. Un film où elle multiplie les identités, qui rend aussi hommage au maître Max Ophüls et qui frappe par ses mouvements de caméra sophistiqués.

 

En 1983, Paul Vecchiali, qui voue un véritable culte à Danielle Darrieux (il dispose de milliers de photos de l’actrice), fait tourner Danielle Darrieux dans un des films les plus personnels et intimes de son auteur, En haut des marches. L’histoire de Françoise Canavaggia qui revient sur les traces de son amour perdu : un mari, lâchement abattu au moment de l’épuration. Françoise parcoure la ville à la recherche du temps et de l’être perdu. Darrieux est quasiment de tous les plans et son interprétation touche au tragique.

 

 

Trois ans plus tard, c’est André Téchiné qui lui offre un magnifique rôle, aux côtés de son actrice fétiche, Catherine Deneuve. Dans Le Lieu du crime, Darrieux est la mère de Deneuve. Les rapports entre elles sont tendus, pour ne pas dire plus. On sait qu’André Téchiné rêvait d’un affrontement à la Sonate d’automne (film de Bergman dans lequel une mère (Ingrid Bergman) et sa fille (Liv Ulman) se déchirent). Ces deux monstres sacrés et leur jeu font de ce film un des plus beaux de son auteur.

 

 

 

Danielle Darrieux continue de tourner régulièrement dans les années 90 et 2000. En 2001, François Ozon, grand admirateur des mélos flamboyants de Douglas Sirk et des comédies musicales de Demy, se paye le luxe de tourner avec les actrices majeures du cinéma français, toutes générations confondues. Le résultat? Huit femmes, un thriller tragi-comique en chanté d’après une pièce de théâtre policière de 1958. Emmanuel Béart, Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Virginie Ledoyen y côtoie Danielle Darrieux. Son interprétation de Il n’y a pas d’amour heureux, par Danielle Darrieux est tout simplement déchirant.

 

C’est par Paul Vecchiali que j’ai eu récemment des nouvelles de Danielle Darrieux, que j’avais eu la chance d’interviewer il y a quelques années. Elle s’est mal remise d’une chute lors de ses derniers tournages et ne quitte plus beaucoup sa maison. Mais Vecchiali me confie qu’au téléphone qu’elle a toujours cette belle voix et qu’elle continue de fredonner des airs lorsqu’il l’appelle.

Bon anniversaire Madame!