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Découvrez le nouveau « Têtu » et l’équipe qui l’a relancé et préparé

Demain dans les kiosques, un titre familier aux lecteurs et lectrices LGBT va réapparaître, après un an et demi d’absence. Têtu revient avec le même logo, un prix de vente augmenté de un euro, mais comme nous l’expliquent en interview (ci-dessous le propriétaire Julien Maquaire et Adrien Naselli, le rédacteur en chef, les ambitions éditoriales et la cible sont assez différentes. L’enjeu est de taille pour une marque forte, qui a dominé le marché des médias gays pendant près de 20 ans, ce qui a pu aussi lui être reproché par ses détracteurs.

Selon nos informations, la relance du titre papier était très souhaitée par les investisseurs, qui ont injecté l’an passé 300.000 euros dans le capital de la société éditrice, IDyls. Un pari risqué quand on connaît les difficultés actuelles de la presse papier et en particulier celles des titres indépendants: baisse du nombre de points de vente, désaffection du public et des annonceurs. Nous sommes allés rencontrer l’équipe de Têtu le 9 février dernier, quelques jours avant la fin du bouclage.

Julien Fleurence, directeur artistique et maquettiste, ne quitte pas des yeux son écran. Jéremie Lacroix et Julie Baret qui animent le site, sont aussi très concentrés. Une photo devait être réalisée et l’ambiance est cependant assez vite plus décontractée. Mais la fatigue des derniers jours, de longues journées de rush, se fait aussi sentir. Têtu emploie actuellement 7 salarié.e.s permanents et plusieurs contributeurs pour le magazine. On le voit sur cette image, l’équipe du « nouveau » Têtu est jeune, d’âge moyen 25 ans, d’après Adrien Naselli qui en a lui-même 27.

 

De gauche à droite: Julien Maquaire, Jérémie Lacroix, Cy Lecerf Maulpoix, Jérémy Patinier (en drag), Adrien Naselli,
Julien Fleurence, Thoaï Niradeth, Julie Baret et Yannick Le Marre

 

Julien Maquaire: « Il y a la nécessité absolue, pour que ce beau projet voit le jour, d’avoir une cohésion très forte de l’équipe »

Pour démarrer l’interview de Julien Maquaire, nous lui avons demandé dans quel état d’esprit il était à quelques jours de la sortie du magazine.

Julien Maquaire: Je suis évidemment très excité parce qu’on avait annoncé en 2015 que nous avions le projet de relancer Têtu dans les kiosques et aujourd’hui c’est une réalité. La promesse est tenue.

Combien de pages pour Têtu?
Têtu va être sur un format bimestriel, c’est un grand changement. Chaque numéro fera 140 pages.

Comment vivez-vous le fait d’être «attendu au tournant»?

Nous avons toujours été très fiers et reconnaissants de tout ce que représente Têtu. Dans notre démarche on a intégré cette histoire mais on a aussi envie de s’adresser à un électorat jeune qui n’était pas forcément la cible dans les années passées. Nous souhaitons aussi adopter un ton plus décontracté sur les sujets LGBT, avec un peu plus d’humour, de dérision et d’autodérision par rapport à la sexualité.

Le modèle économique n’est pas évident pour un titre paper. Comment comptez-vous réussir votre pari?

On intégré dans notre modèle économique qu’il y avait une très forte érosion de la presse en kiosque. Ce qui a aussi guidé notre réflexion de ce que devait être Têtu. Notre volonté est de faire de Têtu un média d’information mais aussi un bel objet qu’on a envie de collectionner. Notre objectif est donc de développer une base d’abonnés.

Combien de pages de pub dans ce numéro?

On est sur une répartition assez standard: 110 pages de rédactionnel et 30 pour la publicité.

Est-ce que les annonceurs ont bien réagi malgré une certaine frilosité qu’on a pu constater chez eux suite aux débats autour du mariage pour tous?

Nous n’avons pas reçu de message négatif des annonceurs à qui nous avons présenté Têtu qui reste une marque considérée premium sur une cible assez recherchée par les annonceurs, le lectorat masculin. Un média qui traite des sujets LGBT n’a pas été considéré comme un frein. Je tiens d’ailleurs à remercier tous les annonceurs qui nous accompagnent en ce premier numéro et qui nous font confiance.

Comment le web et le média papier vont-ils cohabiter?

Tetu.com est un média à part entière sur lequel on a prévu de faire travailler des journalistes dédiés. Têtu.com n’a pas vocation à faire la promotion du magazine.

Combien d’exemplaires seront mis en places à partir de demain?

Nous sommes sur une diffusion de 55 000 exemplaires.

Combien d’exemplaires devez-vous vendre pour atteindre le point d’équilibre et devenir rentable?

Nous l’avons évaluer mais je ne peux pas te le communiquer.

Avez-vous prévu une version numérique sur tablette pour Têtu?

C’est un aspect important pour nous mais nous n’avons pas eu le temps de le mettre en place. Mais c’est un chantier sur lequel on va travailler dès que le premier numéro sera en kiosque.

Pendant ce bouclage, qu’est-ce qui t’as le plus marqué?

Le travail en équipe, l’aspect humain des choses. Il y a la nécessité absolue, pour que ce beau projet voit le jour, d’avoir une cohésion très forte de l’équipe. Et c’est le cas.

 

Adrien Naselli: « Certains vont être peut-être un peu déroutés parce qu’ils achetaient Têtu pour les beaux mecs »

Adrien Naselli

Il a effectué un stage de journaliste à Yagg, puis a travaillé trois ans à France Culture et France Inter. Adrien Naselli est depuis la fin 2015 rédacteur en chef et s’est d’abord occupé de l’info sur le site. Aujourd’hui, il est aux commandes du magazine papier. Il nous présente le contenu du premier numéro, sur écran. Pas mal de pages ne sont pas encore finalisées, et Adrien prépare pour le lendemain une interview d’Emmanuel Macron.

La couverture tout d’abord qui présente trois visages de la communauté. Le titre non définitif évoquait la solidarité mais ce n’est pas ce qui a été retenu.

C’est Cy Lecerf Maulpoix qui s’est chargé du dossier principal sur les nouveaux militants. « Il y a aussi un dossier sur les réfugiés LGBT et un sujet sur les Radical Fairies en Californie », explique Adrien.

Dans Têtu, la partie « un peu sexy » est liée à Internet. Une rubrique intitulée « Bonjour Monsieur » et dans laquelle un garçon va expliquer par des anecdotes sur ses photos sur Instagram. Il y a aussi une section consacrée aux voyages avec un reportage photo sur Cuba et une destination accessible, Madère.

Adrien explique qu’il a voulu conserver la dimension mémoire de Têtu. Alain Burosse, créateur de la Nuit gay sur Canal+ a écrit un dossier richement illustré sur Héliogabale, un empereur romain du IIIe siècle pour le moins extravagant.

Romain Burrel, un collaborateur historique de Têtu, signe plusieurs articles sur la culture. Jérémy Patinier, qui collaborait déjà sur le site depuis quelques mois, propose les pages Sexe-Psycho avec des témoignages sur la sexualité, des conseils pratiques, une rubrique courrier du coeur illustrée et enfin des infos consacrées au VIH. Le numéro se clot par une lettre à Têtu, dont la première est signée Charlotte de Bruges.

Est-ce que tu as imaginé le lecteur type de ce nouveau Têtu?
Oui c’est plutôt un lecteur jeune mais je ne peux pas faire non plus le magazine pour une génération en particulier. Le lecteur type c’est clairement quelqu’un qui a le temps et les moyens d’acheter la presse, qui s’y intéresse. Certains vont être peut-être un peu déroutés parce qu’ils achetaient Têtu pour les beaux mecs. Mais je pense qu’ils peuvent trouver leur bonheur sur Internet. Ce n’est évidemment pas un magazine contre le sexe. J’ai peur qu’on me reproche de faire un magazine austère mais je préfère que l’on dise ça plutôt que de qualifier Têtu de magazine frivole et sans contenu.

Comment as-tu pensé les choses par rapport à l’ancienne formule de Têtu? Est-ce que c’était pour toi une pression supplémentaire?

Quand j’étais plus jeune, entre 20 temps et 25 ans, j’aimais beaucoup Têtu. Il y avait des stars en couverture, des icônes, comme Mika. Mais je ne voulais pas refaire Têtu pour remettre des stars en couverture, ces stars-là parlent dans d’autres médias. Je veux que l’on découvre dans Têtu des gens qui font notre quotidien et qui pourrait être notre petit copain.
Est-ce que ce premier numéro est un peu le le numéro type ou le contenu va-t-il évoluer dans les prochains numéros?

La couverture avec ces trois militants, c’est pour montrer qu’il y a des raisons politiques d’être là encore. On veut montrer cette génération qui a été marquée par la Manif pour tous et même blessée. L’actualité chaude sera sur le net mais j’aimerais aussi sortir des infos dans le magazine. Mais comme il sort tous les deux mois, je veux que Têtu ait vocation à avoir des sujets magazines qu’on peut mettre du temps à lire avec de gros dossiers. Pour la couverture du numéro 2, je pense que nous puiserons dans la rubrique des mecs Instagram. Mais il y aura une grande variété et il est hors de question de mettre le même type de mec blonc et musclé en couverture.

Têtu, n° 213, 140 pages, en vente le 28 février. 

  • je suis pansexuelle et handicapée, j’espère qu’on parlera aussi des bis, des lgbt handicapés qui ont besoin de visibilité -je suis de Lille- et nous handis lgbt on se fait voir ! sans oublier le trans.