Edito: Emmanuel Macron face à Marine Le Pen, qui est notre adversaire?

En 2002, je travaillais à la rédaction de Têtu. Le 21 avril, c’est avec stupeur et effroi que nous avons appris le résultat du premier tour de l’élection présidentielle d’alors:  Jean-Marie Le Pen ferait face à Jacques Chirac au second tour.

Au sein même de l’équipe, quelqu’un nous confie avoir voté pour le candidat de l’extrême droite. Dans la rue, dans les transports en commun, je me souviens avoir regardé les gens de façon un peu différente le jour d’après. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser qu’un sur cinq ou presque avait voté FN. Malaise.
Mais après la sidération est venu le temps de l’action. Une marche nationale avait été organisée et à cette occasion, Têtu avait sorti un numéro spécial pour réagir face à la menace et dénoncer le programme de Le Pen.
Des artistes avaient aussi apporté leur contribution.

 

L’histoire se répète, en pire

En 2017, l’histoire se répète, en pire. Marine Le Pen obtient la deuxième place à l’issue du premier tour, mais elle fait beaucoup mieux que son père. Avec 21,43%, elle comptabilise 7,6 millions de voix quand son père faisait 4,8 millions de voix en 2002. Près de trois millions de citoyen.ne.s supplémentaires ont donné leur préférence à la candidate de la division et du populisme, l’amie de Poutine, la candidate la plus radicale dans le rejet de l’égalité des droits pour les personnes lesbiennes, gays, bis, trans et intersexes.

Face à ce duel pour le second tour, il ne faudrait pas se tromper d’adversaire. L’attitude de Jean-Luc Mélenchon, qui hier soir n’a pas appelé à faire barrage au Front National laisse un goût amer. Il avait été plus inspiré en 2002 en déclarant: « ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d’action, c’est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l’inconvénient individuel. »

Programme hyper régressif

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir sur mon mur Facebook et ailleurs sur ce réseau social des commentaires où l’on expliquait ne pas faire de différence entre Marine Le Pen (« la peste brune »), et Emmanuel Macron, (« la typhoïde ultra libérale »). Certes minoritaires, ces propos sont consternants. Pour ce qui concerne les LGBTI, le programme de Marine Le Pen est hyper régressif. Elle supprimerait le mariage et l’adoption, elle est opposée à la PMA et à la GPA, elle est opposée à l’accueil des réfugié.e.s en général et donc des personnes LGBT persécutées. D’ailleurs, c’est la seule des cinq grands candidats qui n’a pas réagi suite à la féroce répression en Tchétchénie (même Fillon l’avait fait par la voix de sa porte parole Nathalie Kosciusko Morizet).

Mais ce ne sont pas seulement les droits LGBT qui seront remis en cause, mais aussi le droit des étrangers (nos ami.e.s, nos amant.e.s, nos conjoint.e.s), ceux des femmes aussi; c’est aussi le devoir de mémoire qui serait bafoué.

Le programme de Macron n’est pas le meilleur en ce qui concerne nos droits. Mais il a pris soin, avant le premier tour, d’écrire une lettre ouverte aux LGBTI. C’est déjà une marque de respect.

Depuis 40 ans dans la vie adulte, je sais que quels que soient les hommes et les femmes au pouvoir, il faut se prendre en main et se battre pour ses idées et pour faire avancer les droits. Pour moi, ce fut les droits des étrangers dans les années 70 (déjà) jusqu’au droit des demandeurs d’asile LGBT aujourd’hui, en passant par le mouvement LGBT et bien sûr la lutte contre le sida. Rien n’est joué. Sans une forte mobilisation anti-FN, le résultat du second tour pourrait être cauchemardesque. Avec Emmanuel Macron, je sais que je pourrai continuer à me battre pour une société plus juste. Avec Marine Le Pen, est-ce si sûr?