Etats Généraux LGBTQI

Militantisme: Que s’est-il dit aux Etats généraux LGBTQI d’Ile-de-France?

Le lieu de la réunion des Etats Généraux LGBTQI d’Ile-de-France était en lui-même tout un symbole. L’Ageca, dans le 11e arrondissement, a souvent accueilli des associations LGBT. Dans les années 90, c’est là que durant plusieurs années, Act Up-Paris a mené son combat activiste contre le sida.
Dans la salle, plusieurs générations de lesbiennes, gays, bis, et trans se côtoient et vont durant plus de six heures, débattre ce que qui fait aujourd’hui communauté, sur les priorités, sur les enjeux et les écueils.

Parmi les trois organisatrices principales (avec Axelle Ouvrard et Gwen Fauchois), Alix Béranger, prend la parole pour rappeler que trois réunions préalables ont permis de rendre possible la tenue des Etats Généraux.
Elle ajoute:

« La réussite de ces Etats Généraux, c’est que chacun et chacune soit entendu.e, écouté.e respectée. Tout le monde a la légitimité à être là. N’hésitez à prendre la parole et à prendre soin de la parole des autres. Soyons fières, heureuses, confiantes, créatives, belles et beaux et soyons nous! »

Gwen, qui a été longtemps militante à Act Up, situe ces Etats généraux, dans l’histoire du mouvement LGBT: les Universités d’Eté de Marseille dans les années 80, des états généraux du sida en 1995, qui a vu une coalition se former notamment entre Aides et Act Up. Mais elle relève que, faute de moyens, les premiers Etats généraux LGBTI, initiés par Erwann Le Hô et Christine Nicolas (présente aujourd’hui), n’ont pu être retranscrits.
Christine Nicolas, après avoir rappelé comment s’étaient déroulés les Etats Généraux en novembre 2015, explique que les contributions présentées aujourd’hui ressemblent à celles d’il y a un an.

 

Près d’une trentaine de contributions reçues

Car en ce dimanche, les discussions ne partaient pas de rien. Les organisatrices avaient reçu près de 30 contributions, d’individus ou d’associations sur de nombreuses thématiques: le ChemSex, vieillir LGBT, la prise en compte de la grossophobie ou encore les nouveaux champs de bataille du langage et des médias.
Les deux animatrices rappellent les règles de prise de parole: deux minutes, pas plus, cinq interventions. Si la personne est trop longue, la salle peut applaudir (un peu comme la musique qui arrive aux Oscars).

Alors, que s’est-il dit à ces premiers Etats Généraux LGBTQI d’Ile-de-France? Plutôt que de vous proposer un compte-rendu exhaustif de ce qu’il s’est dit (et votre serviteur est journaliste, pas sténo), nous vous proposons un verbatim de la plupart des interventions.

  • François: Il n’y a pas eu de remise en cause de l’enjeu du LGBT ou LGBTI. Cet acronyme pose des difficultés politiques; il y a des communautés, ayons-le en tête.
  • Loé: « Beaucoup de contributions mentionnent lesLGBT sans les I. Une campagne pour l’abolition de la notion état civil peut nous faire avancer ensemble. »
  • Valérie, de Bi cause: « Dans l’acronyme LGBT, il y a le B mais la prise en compte n’est pas évidente. Il y a encore beaucoup de clichés, de phrases négatives sur les bis. »
  • Jérôme: « Nous avons été un argument électoraliste et on n’a pas été suffisamment forts, suffisamment méchants en rupture avec ce parti. Il faut récupérer notre histoire et faire valoir nos revendications, face aux racistes, aux islamophobes aux sexistes. »
  • Fred: « Sur le ChemSex, il faut recréer du lien dans la communauté gay, échanger des pratiques, pour la réduction des risques. »
  • Ima, qui parle depuis un collectif féministe révolutionnaire: « Quels sont les ennemis, quels sont les alliées? Comment s’inclure dans d’autres luttes, et notamment la lutte contre l’islamophobie. »

A plusieurs reprises des femmes réfugiées et des aidantes de Lesbiennes dépassent les frontières prennent la parole.

  • Faina: « Quand on milite dans des structures qui ne sont pas institutionnalisées, on a des choix d’action plus larges. Il me semble aussi essentiel de casser la dichotomie assistant assisté. »
  • Thomas: « Nous mêmes ne sommes pas montés en compétence sur le sujet de la filiation. Ainsi, nous devons avoir des choses à dire sur la présomption de parternité chez les couples de sexe discordant.

Une préoccupation qui rejoint celle de Pierre, qui dit: « Nous avons besoin d’une expertise juridique. On subit le droit mais il n’y a pas diffusion de l’expertise. Il y a des juristes, qui réfléchissent pour démanteler le mariage pour tous et ça va commencer par la filiation. »

  • Cynthia: Je voudrais voir le jour où dans mon pays, les LGBT puissent avoir des droits et nous sommes celles et ceux qui rendront cela possible. »
  • Rémy, d’Act Up: « La prévention c’est aussi parler des personnes contaminées, les effacer c’est les nier. Il ne faut pas éviter de dire le mot sida: utiliser le mot sida, c’est permettre à ces personnes de le crier dans leur vie de tous les jours du mode tristesse au mode colère. »
  • Diane, d’Acceptess-T: « On rappelle l’intersectionnalité des luttes. Il faut respecter les vocabulaires des personnes trans. Je ne deviens pas je suis, je suis une femme. »
  • Alice: « Il doit y avoir des mobilisations à court terme, mais c’est important de penser des mobilisations sur le très long terme. »
  • Sam: « Je suis favorable à créer un atelier ou un groupe sur comment on produit les savoirs, comment on se positionne par rapport aux experts. »
  • Elise: « Je faisais partie de Oui Oui Oui. IL fait créer créer de nouveaux outils de communication mais ne pas renoncer à ceux qui existent et renforcer une veille pour que les signalements aboutissent. »
  • Eva, de Lesbotruck +: « Il y a une discrimination dont on parle peu, c’est la grossophobie. On n’en parle pas dans la communauté LGBT.
  • Michela: « L’égalité a fait injonction sur les questions dans la communauté. On est en train de construire une norme homo qui n’est pas bien. »
  • Suzanne: « J’ai besoin de faire un pas en arrière. J’ai besoin de partager un malaise avec ce terme « nous », la communauté c’est quoi? Je me sens orpheline dans ce milieu, je me demande s’il n’y a pas une différence entre personnes «organisées» et moi, je ne me retrouve pas. »
  • Hélène: Moi je suis plus subversive. La différence entre un homo de Sciences po et une trans, c’est que la trans, elle n’y entre pas. De plus, l’Inter LGBT n’a aucune association de personne de couleur et de personne musulmane c’est une honte.
  • Lucas, de l’AJL: « Il faut parler de comment nous on s’adresse aux médias. Il faut comprendre la logique des médias, imposer notre agenda médiatique. »

Arrivée à sa « mi-temps », Anne, l’une des animatrices, résume ce qu’il s’est dit et répertorie les besoins concrets et des solutions, visibles sur cette photo.

 

Dans l’après midi, après une passe d’armes sur la contestation de la méthodologie adoptée (on a même entendu parler de méthodologie « néo-libérale », si, si), Veronica, qui fait partie des Dégommeuses, lance: « Comment être concret.e.s? Mon espoir c’est qu’on refonde le mouvement LGBTI, qu’on trouve nos mots d’ordre, nos stratégies. »

Trois grandes questions sont posées:

  • Qui sommes-nous?
  • Qu’est-ce qu’on veut faire ensemble?
  • Quels sont les points de ralliement?

 

Mais certains et certaines font part aussi de leurs doutes ou de leurs craintes.

  • Charles: « Je ne sais pas comment on va faire, j’ai peur. Ce qui se passe aux Etats-Unis nous montre quel va être le front de lutte qui va nous attaquer. Il faut qu’on soit capable de se mobiliser pour aller dans les aéroports pour empêcher les expulsions par exemple, quelque chose qui me permettrait de dormir la nuit un peu plus facilement. »
  • Guillem: « J’ai aussi des craintes mais il vaut mieux en parler que de rester dans le déni. »
  • La discussion sur les idées et la langage revient aussi.
    Manon: « On a un contre discours, il faut construire des symboles, bâtir des ressources. Si on arrive à être présent, c’est par le combat des idées. »
  • François: « Il y a des propositions très concrètes sur les médias, les outils de communication. Sur les attentes, on est parti dans une dynamique. »
  • Anne: « Ce qu’il faudrait faire, c’est se voir vite. »
  • Intervenante Fières: « La question du temps est importante. Comment faire pour se voir quand dans les associations, on n’a pas de temps. On pourra soutenir mais pas s’engager dans ce mouvement. Il faut qu’on sache quel type de structure il s’agit mais s’il n’y en a pas, c’est bien aussi. »
  • Pierre: « Associative ou pas? Un groupe? On verra. »

Il est presque 18 heures. La conclusion approche.

Alix: « Nous avons clairement besoin d’une méthologie, pour continuer les débats, réfléchir à la suite. » Mais Gwen prévient: « Pour cela, il faut un groupe d’organisation. »
Certain.e.s pourraient avoir le sentiment que ce type de réunions ne débouche sur rien. Mais c’est déjà une gageure d’avoir pu, en l’espace de quelques semaines, réunir autant d’associations et d’individus avec l’envie de parler et de tracer un chemin pour le mouvement LGBTQI, si divers qu’il puisse être.

A suivre?