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Guillaume Antoniolli dénonce le consumérisme dans sa nouvelle création

En 2013, Guillaume Antoniolli, auteur et fondateur de la compagnie Les Hommes perdus, avait déjà créé En attendant Lagarce, sur des textes de l’auteur de Juste la fin du monde, mêlés aux textes d’Antioniolli. Pour Consumérisme, ce dernier a ajouté à ses propres textes des extraits de l’oeuvre de l’hispano-argentin Rodrigo García, dont le théâtre (publié aux Solitaires Intempestifs) est engagé, parfois même pamphlétaire, avec un thème prédominant, notre rapport à la nourriture. En juin dernier, sur une péniche, une lecture de Consumérisme s’ouvrait sur une vidéo où l’on voit des poulets en batterie, des abattoirs et des hommes et des femmes ingurgitant des hamburgers toujours plus gros. La troupe de Consumérisme, ce sont huit jeunes interprètes remarquablement choisis et qui étaient parvenus, chacun.e à imposer sa personnalité dans cette lecture survitaminée.

C’est une nouvelle version, avec décors et costumes, mais toujours dans une version d’une heure (le spectacle complet en dure trois) que présente Guillaume Antoniolli les 16 et 19 mai à l’Espace Beaujon. L’occasion d’une rencontre avec cet artiste à suivre.

La dénonciation du consumérisme n’est pas nouvelle mais semble prendre une nouvelle dimension aujourd’hui. Qu’est-ce que ta pièce apporte au débat?

On peut  estimer comme Antonin Artaud que la matière culturelle et plus exactement le théâtre, les questionnements humains sur sa survie comme sur l’ordre des choses ont été déjà appréhendés dés la capacité de penser des humains. Il reste que fondamentalement les urgences de la survie de l’espèce humaine, la dégradation continue de l’état de la planète et la transformation programmée des citoyens.ne.s en sujets de consommation décérébrés à un rythme accéléré m’oblige à prendre position avec Consumérisme. La décomposition avancée et les obstacles capitalistes prédateurs  pour préserver notre bien commun qu’est la Nature nous placent devant un choix d’engagement.

Comment as-tu choisi les extraits de pièces de Rodrigo Garcia et pourquoi cet auteur?

Rodrigo Garcia est un inspirateur et un visionnaire. Les textes que j’ai choisis montrent que les enjeux de survie de l’espèce humaine et sa transformation à l’état de ventre ou d’acheteur produisant des déchets qui souvent d’ailleurs ont une durée de vie plus longue que ceux et celles d’entre nous qui les fécondons, effacent notre intégrité humaine. Et donc notre intelligence.

Déjà dans ta précédente pièce tu mélangeais des textes de Lagarce et tes textes. Qu’est-ce que cette confrontation suscite ?

Il s’agit plus d’emboîtements que de mélanges. Car chaque texte a une vie en soi. Les juxtaposer, les articuler, dans des parties diverses de l’ensemble de ma pièce leur donnent  une continuité dans la force de l’engagement et dans la prise de conscience de ce que nous sommes devenus. Abrutis et pressés, sans s’interroger sur qu’est-ce qu’être un humain dans une société dans laquelle on est dépossédé de notre autonomie.

 

La culture n’a pas été au centre des débats durant la présidentielle. Qu’est-ce que tu en penses?

Cela renforce le propos de ma pièce. En décérébrant, en faisant disparaître les moyens de résistance à la transformation de l’individu en seul « consommant », en créant des besoins artificiels et des angoisses de constant mécontentement à ne pas pouvoir tous les assouvir, on détourne la personne de la pensée sur soi et de soi, et donc de l’approfondissement de qui on est intrinsèquement. On empêche la liberté d’être un individu pensant. Donc potentiellement dangereux pour une société de consommation.

Consumérisme, de Guillaume Antoniolli, Rodrigo Garcia, les 16 et 19 mai, à l’Espace Beaujon, 208, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.