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Affaire Hanouna: Et si les homophobes n’avaient plus le dernier mot?

Dans ce pays, les gays et les lesbiennes peuvent jouir d’une liberté d’aimer et de faire famille qui est encore inaccessible dans plus de la moitié des pays du monde. Depuis cinquante ans, grâce aux mobilisations successives des militants LGBT, l’homosexualité et la transidentité sont passées de la clandestinité et de la maladie mentale à la pleine lumière et à la (presque) égalité des droits. Ce n’est pas encore fini et d’autres combats restent à mener, bien sûr, pour les femmes lesbiennes, et aussi  pour les personnes trans et pour faire reculer les préjugés et les discriminations.

Cependant, dans ce pays, les gays, les bis, les lesbiennes et les trans font aussi face à une haine LBGTphobe qui continue de faire des ravages. Un phénomène assez inédit dans les pays qui ont une législation gay friendly. Faut-il rappeler que les jeunes gays ont beaucoup plus de risque de faire une tentative de suicide que les jeunes hétéros?

C’est au moment des débats sur le mariage pour tous qu’une vague homophobe sans précédent s’est levée dans ce pays. La « Manif pour tous », Civitas, Alliance Vita, les groupes anti-égalité se sont mutipliés et sont descendus dans la rue. Leurs messages hostiles aux homosexuel.le.s ont été abondamment (complaisamment?) relayés par des médias en quête d’audience. La libération de cette parole a eu comme conséquence majeure que les actes LGBTphobes ont augmenté durant cette période, comme l’ont montré les rapports de SOS homophobie. Ces mouvements ont même réussi à faire reculer le gouvernement de l’époque sur la PMA et les ABC de l’égalité à l’école.

Du côté des entreprises, la diversité liée à l’orientation sexuelle et l’identité de genre devenait un sujet délicat et clivant.

Durant la campagne électorale, le candidat de la droite et du centre, à qui tout le monde prédisait la victoire, s’est fortement appuyé sur le mouvement homophobe Sens Commun pour mobiliser derrière lui. François Fillon qui avait voté contre toutes les lois de progrès en matière d’égalité des droits, promettait de détricoter le mariage pour tous et ne reconnaissait pas l’avortement comme un droit fondamental.

Et si la vague homophobe était en train de refluer? Non seulement Fillon a perdu les élections, et a entraîné Sens Commun, honni par une bonne partie de la droite, dans sa chute. Mais il s’est passé quelque chose en avril dernier. L’assassinat du policier gay Xavier Jugelé, le 21 avril, et la cérémonie en sa mémoire à la préfecture de police de Paris, ont marqué un tournant.

Comme nous l’écrivions à l’époque, le discours du compagnon de Xavier, Etienne Cardiles représentait aussi la plus belle des réponses aux discours de haine. Faisant face aux plus hautes autorités du pays, Etienne n’a pas cillé, n’a rien caché de sa vie, de son amour.

L’affaire Hanouna est un autre phénomène inédit car il montre que les LGBT sont bien décidées à ne plus rien laisser passer. Trop c’est trop! L’Association des journalistes LGBT avait montré dans un rapport glaçant que l’humiliation et les propos dégradants sur les homos sont le fonds de commerce de l’animateur de C8. Mais malgré de très nombreux signalements, celui-ci tenait bon.

Finie l’impunité! En quelques jours, après son émission durant laquelle il avait piégé des homos dans un canular homophobe, le CSA a reçu plus de 24000 plaintes. Du jamais vu. Sur Twitter, de très nombreux internautes ont interpellé les annonceurs, à la suite du journaliste Sylvain Chazot, qui avait diffusé la liste des spots pubs de l’émission.

 

L’une après l’autre, des dizaines de marque on annoncé qu’elles retiraient leurs campagnes de l’émission de Hanouna, « Touche pas à mon poste ». Hier soir, pour éviter de jeter l’opprobre sur les annonceurs restants, C8 a décidé de ne diffuser aucune pub. Et Cyril Hanouna s’est même excusé par écrit dans Libération… tout en faisant porter le chapeau à l’homophobie ambiante.

La mobilisation a payé! Mais les préjugés, les stéréotypes et l’homophobie sont plus difficiles à faire reculer. Durant sa campagne, Emmanuel Macron avait rédigé une lettre ouverte aux associations LGBTI dans laquelle il affirmait que la lutte contre les LGBTphobies passerait d’abord par l’éducation. Le chantier est immense, mais cette récente affaire montre qu’il est plus que jamais nécessaire de s’y atteler.

 

  • Helene Hazera

    Christophe je t’adore mais comment peux tu mettre à égalité les acquis des trans et ceux des homos?