hommes nus gay

Les hommes nus, la passion d’une vie pour le journaliste et militant gay décédé Pierre Guénin (photos)

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Yagg.com a annoncé la nouvelle hier. Pierre Guénin est mort à l’âge de 90 ans. Auteur, journaliste, éditeur, militant, Pierre Guénin a marqué plusieurs générations de gays à travers en particulier les nombreuses revues qu’il va publier entre les années 60 et 90. C’est une des figures du monde homosexuel qui disparaît. Mais aussi un admirateur des hommes nus qu’il n’a pas hésité à mettre à la une parfois au risque d’être censuré.

 

De son enfance, il confie ceci sur son site:

« Je suis né à Etampes en février 1927. Mon père tenait un salon de coiffure. Ma mère, seule, comptait pour moi. Je l’idôlatrais. J’étais jaloux comme un amant. En disparaissant pendant mon enfance, elle a laissé un vide dont je ne me suis jamais vraiment remis. »

« Eden »

Côté médias, Pierre Guénin a d’abord travaillé à Cinémonde, puis il lance dès 1966 sa première revue, Eden qu’il présente ainsi:

« Au départ, je ne voulais pas faire une revue exclusivement pour les homosexuels. J’ai donc lancé Eden, une revue disons bisexuelle. Il y avait autant de femmes que d’hommes. Cela noyait le poisson par rapport à la censure. Si le journal n’avait proposé que des hommes, les choses auraient été moins faciles.  »

« Olympe »

En 1968, il lance Olympe, qui là encore présente des hommes et des femmes et qui paraîtra jusqu’en 1978:

 

« Hommes »

En parallèle, Daniel Guénin édite Hommes (qui s’appelait d’abord Nous, les hommes) qui était plus clairement homo:

« HOMMES s’adressait plus nettement aux gays… De plus en plus hard à cause de la concurrence des revues américaines mises sur le marché par David Girard, je me suis désintéressé de ce magazine fin des années 80 pour me consacrer à la peinture. »

« In »

In, le magazine des arts et spectacles marginaux, paraîtra de 1970 à 1979, avec des couvertures montrant des célébrités nues comme le chanteur Patrick Juvet, Marie France ou encore l’acteur porno Peter de Berlin:

« Ce titre a beaucoup mieux marché que les autres parce que beaucoup de femmes le lisaient aussi. Chaque numéro consacrait plusieurs pages à la danse. Nombre de lecteurs homosexuels me demandaient d’ailleurs pourquoi j’y accordais une telle place. »

 

« Jean Paul »

A la fin des années 70, deux autres magazines voient le jour. Jean-Paul, le magazine de l’homme libéré:

« D’abord très soft et naturiste, en 1988 le magazine traitera des sujets liés à la vidéo X alors en plein essor. »

« Off »

Off, dont la publication commence aussi en 1979, est plus soft. C’est d’ailleurs cette revue qui donnera son nom au prix du film gay, précurseur des festivals LGBT actuels.

« Mes revues ont permis la diffusion d’une esthétique gay. Mon ambition, c’est de montrer tout ce qui n’était pas trop connu et un peu érotique dans tous les domaines artistiques. Il y a le Off-Broadway… ce que nous faisions, c’était le Off-Paris. On explorait tout. Il fallait être au courant de tout. C’était à la fois épuisant et passionnant. […] Ce que je peux dire, c’est que nous n’avons jamais pu compter sur la publicité. Nous avions été voir Cardin ou Saint-Laurent, sans succès. Avec de la publicité, nous aurions pu faire des journaux très différents. J’ai un regret de cela. »

 

 

 

En 2009 était créé le Prix Pierre Guénin contre l’homophobie, en partenariat avec SOS homophobie, qui récompensait des initiatives contre les LGBT-Phobies. Hélène Mandroux, Paris Foot Gay, Les Dégommeuses, l’auteure lesbienne Virginie Despentes, Edouard Louis ou encore Jean-Paul Cluzel ont été distingués. Avec son compagnon, André Dessent, Pierre Guénin avait réservé une des deux dernières concessions au cimetière parisien du Père Lachaise, où reposent notamment Edith Piaf, Marcel Proust, Oscar Wilde ou encore Jim Morrison. C’est désormais ici qu’il reposera pour toujours, aux côtés d’André, décédé lui en 1985.