Ivan Cotroneo, le réalisateur de ‘One Kiss’ sur les jeunes acteurs, l’homophobie à l’italienne et les films qui l’ont marqué

One Kiss est un film singulier, lumineux et fragile qui oscille entre la comédie sentimentale, la comédie musicale et le drame. Ivan Cotroneo l’a adapté de son roman écrit en réaction au meurtre du jeune collégien Larry King aux Etats-Unis en 2008. Mais One Kiss n’est pas un tract et Cotroneo, dont c’est le deuxième long métrage, nous offre une belle surprise. La base du scénario, un trio d’ados différents en butte à la société, a été copieusement traité dans le cinéma et le cinéma gay en particulier. Mais le ton de One Kiss, la performance remarquable des trois jeunes interprètes et la sincérité du propos en font un film précieux.

Nous avons rencontré Ivan Cotroneo lors de son passage à Paris. Le réalisateur ouvertement gay, nous a expliqué pourquoi l’adaptation de son roman lui tenait à cœur.

Vous aviez pensé à l’adaptation au cinéma en écrivant votre nouvelle?

J’ai écrit Un Bacio après avoir vu ce qui était arrivé à Larry King. Nous avions aussi eu une discussion en Italie sur une loi contre l’homophobie et en 2009, elle était sur le point de passer mais ça n’a pas été le cas. J’ai participé à un sitting devant le Parlement. Et nous étions très déçus. Un jeune homme, âgé de peut-être 18-19 ans, qui a fait un discours magnifique sur le fait que sans cette loi, les crimes et la haine homophobe resteront impunis. Il avait raison et c’est ce qui m’a convaincu d’écrire la nouvelle. Après sa publication, en 2010, j’ai été témoigner dans les écoles. De nombreux jeunes, garçons et filles, sont venues me parler de ce qu’il leur arrivait. C’est d’ailleurs les jeunes filles qui m’ont fait prendre conscience que les phénomènes de harcèlement se recoupaient. Ce sont dans les mêmes établissements où les gays sont insultés que les filles se font traiter de « salopes ». Donc, dans le film, j’ai introduit le personnage féminin de Blu.

(De gauche à droite) Leonardo Pazzagli (Antonio), Valentina Romani (Blu) et Rimau Grillo Ritzberger (Lorenzo)

Il y avait cette envie de témoigner contre le harcèlement et l’homophobie mais aussi d’avoir une exigence formelle forte sur le film?

En tant qu’écrivain, j’ai eu cette expérience d’écrire cette nouvelle sur deux hommes qui se séparent. Il n’y avait rien dans le titre ou le résumé qui pouvait faire penser que c’était un « roman gay ». J’ai constaté que beaucoup de gens, hétéros ou homos, pouvaient se sentir concernés et affectés. Je voulais que mon film parle aux ados, aux jeunes mais sans leur dire; voila ce que vous devez penser. J’ai écrit des scénarios pour des films de télévision et le plus efficace est de faire rire ou pleurer plutôt que de vouloir défendre une cause. Quand je regarde un film ou que je lis un roman, j’apprécie les qualités de l’écrivain ou du cinéaste, mais il faut que je sois touché par le récit, par les personnages.

Quel film ou quel livre vous a marqué?

Quand j’ai pensé à mes personnages, j’avais en référence Les 400 coups de François Truffaut, mais aussi Les Roseaux sauvages d’André Téchiné et Breakfast Club, de John Hugues. Ce dernier film m’a fait prendre conscience à quel point les étiquettes sont toujours très réductrices. Ces films sont très importants pour moi.

Le film est aussi très musical?

J’aime tellement la musique et lorsque j’écris un scénario, je pense aux chansons ou aux morceaux. C’est toujours un problème avec mon producteur car les droits coûtent cher (rires).  Alors, quand j’écris, je précise les morceaux de façon très détaillée. Pour moi c’est aussi important que la caractérisation d’un personnage ou les dialogues.


Rimau Grillo Ritzberger (Lorenzo)

Comment s’est passé le tournage avec les trois principaux acteurs, qui ne sont pas des professionnels?

C’était formidable. Valentina Romani le personnage de Blu, la jeune fille et Leonardo Pazzagli, qui joue Antonio, l’un des deux garçons, avaient déjà une petite expérience. Mais Rimau Gillo Ritzberger, qui joue Lorenzo, le personnage principal, a répondu à une annonce de casting. Je ne voulais pas des acteurs connus parce que je voulais des jeunes gens beaux, avec qui les jeunes pouvaient s’identifier. Pour l’anecdote, Leonardo ne sait pas jouer au basket et Rimau ne sait pas danser. Et ils ont tous les deux énormément travaillé. Je sais que ce film a beaucoup compté pour eux. Le film a reçu de nombreux prix mais celui qui a été le plus important est le Nastro d’Argento [ruban d’argent, équivalent d’un césar], révélation de l’année qu’a reçu Rimau alors qu’il allait encore à l’école.

 

Ce qui m’a frappé, c’est aussi le décor de ce lycée, très moderne, sorti de nulle part, et le contraste avec la très belle place à l’italienne…

Je pensais qu’il nous faudrait aller tourner dans de très nombreux endroits. Le film a été tourné à Udine qui est une ville géniale. Tout y était comme dans le script: le centre ville un peu désert et surtout ce lycée, avec cet immense gymnase. C’est typique du Nord de l’Italie. Je voulais aussi que l’histoire se déroule dans une petite ville, où on ne peut pas vraiment changer de quartier pour passer inaperçu.

Plus généralement, comment analysez-vous le fait que l’Italie progresse lentement sur l’homosexualité, y compris en terme de visibilité?

L’Italie est un pays catholique mais je vois que d’autres pays catholiques ont fait avancer les choses beaucoup plus rapidement. Nous avons des politiciens qui sont très frileux. Nous avons l’union civile mais ce n’est pas suffisant. Dans la société, il y a pas mal  de gens connus qui disent des horreurs sur les femmes ou sur les LGBT mais la réaction n’est pas suffisamment forte contre ce genre de propos. Nous vivons dans un pays moderne, des familles homoparentales existent et vivent très bien au milieu des autres, des femmes ont le pouvoir. Mais quand vous regardez la télé, vous avez l’impression d’être dans les années 60. Certains ont peur que le mariage des couples de même sexe pourrait avoir un effet négatif pour les hétéros! Même en Lombardie, la région de Milan, certaines écoles n’ont pas voulu que je vienne parler du film parce qu’il y avait un personnage gay. Il y existe un « observatoire du genre » qui lorsque je faisais des présentations dans les écoles, publiait sur internet des infos comme quoi je voulais transformer les jeunes garçons en gays!

 

 

Dans One Kiss, Ivan Cotroneo a soigné la bande son, avec des morceau de Placebo, Blondie ou encore Lady Gaga. Mais un titre en particulier accompagne le film, la chanson Hurts signée Mika. Le chanteur ouvertement gay explique dans la vidéo ci-dessous pourquoi il a accepté qu’on utilise ce morceau.

 

 

Voir la bande annonce de ‘One Kiss’:

 

(Images du film Gianna Fiorito)