Au Mali, la chasse aux homos est (toujours) ouverte dans la presse

Ces dernières années dans de nombreux pays africains, une presse en mal de scoops utilise l’homosexualité pour faire vendre. Dernier épisode en date porté à notre connaissance: un article d’un site malien (Maliactu) qui considère l’homosexualité comme une « œuvre satanique ».
Dans un pays où les conflits et la violence sont monnaie courante, le pire danger qui frapperait le Mali serait l’homosexualité et sa « promotion » serait une menace pour la société.

 

L’homosexualité, une pratique jugée « abjecte »

Le journaliste ne se contente pas de considérer l’homosexualité comme une « pratique abjecte » mais il va jusqu’à dénoncer un couple qui serait responsable de sa « promotion » dans la capitale, Bamako. Ce couple serait un « membre influent d’un réseau d’endoctrinement opérant au Mali. À coups des millions de nos francs, il inciterait les couches crédules et très vulnérables à s’adonner à la pratique ‘’de Sodome et de Gomorrhe’’.

Plus grave encore, l’article donne des détails précis sur la couleur et la plaque d’immatriculation de leur voiture et sur leur quartier.
Le site va même jusqu’à annoncer qu’il publiera prochainement des photos et des informations concernant d’autres membres du supposé « réseau ».
Ces agissements de certains médias  ne sont en aucun cas isolés. Au Sénégal par exemple des photos d’une fête privée avaient été publiées dans la presse en 2008 et avaient provoqué un tollé d’indignation… contre les supposés homosexuels . Un an plus tard, en décembre 2008, la police a arrêté neuf membres d’AIDES Sénégal, une association de lutte contre le VIH/SIDA, les accusant de se livrer à un comportement homosexuel. Ils sont restés plusieurs mois en prison.

 

Vague de dénonciations médiatiques

En Ouganda à la fin des années 2000, une vague de dénonciations médiatiques avait conduit à une répression accrue de l’homosexualité qui avait culminé avec la proposition de loi « Kill The Gays » qui proposait rien moins que la peine de mort pour les homos et des peines pour celles et ceux qui ne les dénonceraient pas.
Beaucoup soulignent que cette criminalisation de l’homosexualité est dans de nombreux pays africains un héritage de la période coloniale. D’autres experts ont montré que la lutte contre l’homosexualité est aussi, de la part des régimes en place, un argument politique pour montrer son opposition aux valeurs des pays occidentaux.
Pour les LGBT cela veut dire la prison, l’opprobe, le rejet, parfois même la mort. D’autres choisissent l’exil. Certains et certaines choisissent de rester et de lutter au pays. Parfois ils le payent de leur vie comme l’activiste ougandais David Kato, assassiné en janvier 2011.
Étrangement les organismes de défense de la presse comme Reporters sans frontières n’interviennent pas contre ces pratiques médiatiques non seulement douteuses, mais criminelles.