Loud & Proud festival queer

Rencontre avec Anne, Fany et Benoit, les trois artisans du festival queer Loud & Proud

« C’est toujours mieux la première fois. » Et si Anne Pauly, Fany Corral et Benoit Rousseau, les trois organisateurs de Loud & Proud faisaient mentir cet adage? Deux ans après la première édition, le festival des cultures et musiques queer revient, encore plus pointu, engagé et inventif.

Anne Pauly, Benoit Rousseau et Fany Corral, du festival Loud & Proud. Photo: Xavier Héraud

 

En 2015, Loud & Proud avait réussi à mobiliser autour d’un événement communautaire et collectif. Ce qui a changé en deux ans? « Depuis 2015, explique Anne Pauly, les gens se sont mobilisés et il s’est passé beaucoup de choses côté queer. Je ne dis pas que nous sommes à l’origine de ça parce que les festivals queer il y a en a depuis un moment, mais tout d’un coup de voir ça en grand, ça a fait germer chez les gens l’idée que c’était possible de le faire. »

Pour Fany, les thématiques se sont déplacées et sont moins ancrées sur une sorte « d’éducation au queer », que beaucoup se sont maintenant appropriés. « Lors du premier festival, on était axé sur des problématiques de sexualités, d’identité de genre, affirme Fany. Cette année on a invité de nombreux artistes racisé.e.s et on parle beaucoup de la question coloniale. On considère que c’est désormais un festival queer qui vise à englober les personnes racisées. »

Mais proposer un festival queer ne vas pas sans poser quelques problèmes. Aussitôt collées dans le métro, des affiches de Loud & Proud ont été arrachées, comme nous avons pu nous-mêmes le constater récemment à la station de métro République.

 

Des affiches de Loud & Proud vandalisées au métro République. Photo: Christophe Martet

 

Benoit Rousseau confirme que ce n’était pas arrivé la première année: « On a eu la même campagne de com’ pour la première édition dans le métro et aucune affiche n’avait été arrachée. Selon la RATP cela fait deux ans que ça n’était pas arrivé pour une campagne d’affichage d’être vandalisée. »

Pour Anne, cela pose la question de la visibilité. « Jouer la visibilité, c’est cela aussi. Tu affiches quelque chose et tu as la réponse. Donc la question qu’il faut se poser, c’est: « qu’est-ce qui est si intolérable que ça sur cette affiche? » C’est sans doute révélateur d’un climat ambiant. »

Fany renchérit: « It gets better mais tout doucement. Politiquement ça veut quand même dire quelque chose. »

Pour Benoit, c’est indéniablement une violence pour celles et ceux qui sont sur l’affiche. « Ça me gêne plus pour les gens qui sont venus poser pour nous, qui était fiers de se retrouver sur les affiches dans le métro et pour eux c’est violent. »

 

Côté programmation musicale, le maître mot de Loud & Proud est: « Sans concession ». Et là encore, la scène artistique queer a évolué ces deux dernières années. Pour Benoit,  « l’idée est toujours d’avoir des artistes qui sont jeunes, qui commencent à développer leurs pratiques artistiques. Nous ne sommes pas allées chercher des vieilles gloires queer! »

D’autant que certain.e.s « têtes d’affiche » n’ont pas joué le jeu.

« Une fameuse chanteuse d’un fameux groupe de rock qui sort son premier album solo nous a fait répondre que le festival était trop segmentant pour elle. »

Chez les jeunes artistes, explique Fany, les choses sont dites de façon plus radicale. « On a vu apparaître depuis près de trois ans souvent des gens racisés et queer qui ont une pratique assez extrême: Moor Mother, c’est assez violent, Mykki Blanco ou encore Yves Tumor, c’est violent. C’est à l’image des violences qu’elles et ils subissent. »

 

 

Anne confirme:  « Il y a une forme de radicalité qui se fait jour parmi les artistes que nous avons invités. Quand tu écoutes Yves Tumor, c’est très joli sur certains morceaux mais en live, le mec est dans le noir, il  y a des bruits de chaînes, du vacarme. Moor Mother, c’est pareil. Elle se revendique de l’afro futurisme et parle beaucoup de l’esclavage, de l’esclavagisme, des victimes du racisme. »

 

 

La jeune génération serait-elle plus militante? C’est ce qu’analyse Fany. « Dans les anciennes générations, quand on nous envoyait de la violence, on répondait avec des paillettes. Aujourd’hui, c’est « fight back ».  Tu m’envoies de la violence je vais t’en envoyer moi aussi mais encore plus fort. »

Rendre le festival accessible est aussi un des objectifs affichés de la Gaité Lyrique. Il y en a pour toutes les bourses dans le festival et pas mal d’événements sont gratuits, comme les conférences et les ateliers. Le festival a aussi contacté plusieurs associations pour leur proposer des tarifs réduits ou des gratuités sur les soirées. La plus courue est celle du vendredi soir, un ball voguing intitulé « Paris is burning » et qui sera présenté entre autres par Jean Paul Gaultier. Pour cette soirée, les organisateurs ont laissé les Houses de Paris écrire le Ball. « Nous ne voulions surtout pas être dans une démarche exotique, confie Anne. Nous leur avons donné l’endroit pour qu’ils organisent la soirée comme ils le voulaient. »

S’il fallait résumer l’esprit et la lettre du festival, Fany, Benoit et Anne s’accordent sur quelques mots clefs: #décolonisation, #archives, #inspiration, #rêves, #ateliers du futur. Un beau programme non?

 

Loud & Proud, du 6 au 9 juillet, à la Gaité Lyrique, 3 bis rue Papin, 75003 Paris.

Image principale Big Dipper via Youtube.