Paris fait le point sur l’intersexuation… le jour de la Marche des fiertés LGBTI

Elle est un des rares visages des personnes intersexes. La top modèle belge Hanne Gaby Odiele a fait son coming out intersexe en début d’année. Elle explique qu’elle a voulu témoigner car elle veut que cesse les interventions chirurgicales qui l’ont « tant fait souffrir » et que subissent encore les nourrissons et les enfants intersexes, y compris en France.

Samedi 24 juin (quel dommage que ce soit le jour de la Marche des fiertés!) se tient à Paris un Colloque international sur l’intersexuation. Selon les organisateurs, parmi lesquels Eric Fassin et Laurie Laufer, « cette journée d’interventions propose un tour d’horizon des situations désignées désormais sous le terme d’intersexuation ».
Mais comme ils le soulignent, aucune des réflexions ne « saurait être menée sans l’implication des personnes intersexuées. Celles-ci se trouveront donc parmi les premières discutantes des communications scientifiques. »

La discussion sur la question de l’intersexuation et de ses conséquences a connu une accélération récemment. En mars dernier, l’ancien président de la République, François Hollande, avait évoqué le sort des enfants intersexes.

La Haute autorité de santé estime que la fréquence d’une telle indifférenciation sexuelle pourrait atteindre 2 % des naissances en France. Cela équivaut à 15000 naissances de bébés intersexes par an.

La France a été à plusieurs reprises condamnée par les Nations Unies pour son traitement inhumain des personnes intersexes, le plus souvent à la naissance. Les opérations ou traitements pratiqués sur les enfants nés intersexués s’apparentent selon les Nations Unies à des «mutilations génitales» pouvant provoquer de graves séquelles physiques et psychologiques.

Le Défenseur des droits a fait un certain nombre de propositions, en s’appuyant sur de nombreux témoignages, en France et à l’étranger. Il faut s’éloigner de la pathologisation de l’intersexuation. Le Défenseur des droits recommande donc l’utilisation de termes non pathologisants comme l’expression « variations du développement sexuel » ou « différences du développement sexuel » par l’ensemble des professionnels en lieu et place des termes de « troubles » ou d’ « anomalie » du développement sexuel. Le Défenseur des droits recommande aussi la mise en place, à l’instar de ce qu’il s’est passé en Allemagne d’un «fonds d’indemnisation pour obtenir une adéquate réparation des préjudices».

Le Sénat s’est également penché sur la question et veut lever le tabou sur les personnes intersexes. Le document rendu public le 7 mars par les deux rapporteuses, Corrine Bouchoux et Maryvonne Blondin, préconise des mesures mais qui restent en deçà de ce que demande les associations. Pourtant Vincent Guillot se dit confiant en particulier sur l’arrêt des mutilations génitales sur les enfants. La France a d’ailleurs été condamnée à plusieurs reprises par l’ONU à ce sujet et plusieurs pays européens ont déjà légiféré. Malte est le plus avancé en la matière et on peut comparer les législations à travers cet état des lieux réalisé par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Réunies à Malte en 2013 (photo), tous les mouvements intersexes se sont mis d’accord pour une liste de revendications: l’arrêt des mutilations, l’accompagnement à l’autodétermination, l’accompagnement psychologique des parents et, à terme, l’abolition de la mention de sexe pour tous les citoyens.

Espérons que le colloque de samedi permettra à plus de chercheurs et d’acteurs communautaires de s’informer pour mieux agir.