Paris Black Pride se mobilise pour la prévention parmi les Noirs gays, bis et HSH

« Une épidémie ce n’est pas que le biologique, c’est aussi la discrimination qui est en cause. » Louis-Georges Tin, parrain de Paris Black Pride

Créée il y a à peine un an, pour porter la voix et les actions des personnes LGBT afro-caribéenne, Paris Black Pride est une des associations les plus dynamiques de la communauté LGBT.

Samedi 20 mai, elle organisait une table ronde autour de la santé sexuelle des Noirs gays, bis et HSH (Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) en France. Une population qui reste encore le parent pauvre de la prévention, en raison des stratégies bien particulières en France, un pays où les communautés sont regardées avec méfiance. Les campagnes de prévention ciblées sont rares, la dernière en date sur les gays, les bis et les HSH, avait suscité des réactions négatives. Alors, quand il s’agit de lutter contre plusieurs facteurs de discriminations, comme le genre, la sexualité et l’origine ethnique, les organismes de santé sont un peu à la traîne.

Alain Bonnineau (Aides), Johan Amarante (Paris Black Pride), Louis-Georges Tin (Cran)

Dans son introduction, Johan Amaranthe a rappelé que la communauté afro-caribéenne était invisibilisée et que le but de cette table ronde était de faire évoluer la situation dans un contexte épidémiologique inquiétant. Selon une analyse présentée par Lucas Riegel de Aides sur l’activité de dépistage rapide de l’association, si le dépistage chez les HSH noirs représentent 1% de l’activité en 2016, les tests positifs représentent 4% de l’ensemble. Une proportion bien supérieure. Aides a reconnu que même de son côté des efforts doivent être faits pour mieux répondre aux besoins de prévention chez les gays, les bis et les HSH afro-caribéens.

 

Dans le cadre de l’accompagnement communautaire de la PrEP, le traitement préventif, l’association suit 760 personnes mais seulement 16 sont nées en Afrique ou dans les Caraïbes. Mais lorsque l’on parle de HSH noirs, de qui parle-t-on. La France accuse là aussi un retard puisqu’il n’y a pas de données nationales, comme l’a expliqué Christophe Segouin, chef de service à l’hôpital Lariboisère à Paris. Il a rappelé que les HSH afro-caribéens vivant en France sont confrontés à une très grande diversité de situations. Il y a ceux qui sont nés en France, ceux qui viennent d’ailleurs et n’ont pas la nationalité. La langue d’origine, l’éducation, la religion peuvent être très différentes.

 

Dans une étude cité par Christophe Ségouin, les personnes afro-caribéennes dans leur ensemble ont une «vision négative du VIH».

Virginie Supervie, de l’Inserm et spécialisée en épidémiologie a expliqué qu’en France, le nombre de nouvelles infections (NI) ne diminue pas, avec entre  6000 à 8000 NI  par an pour tous les groupes. Mais le groupe des gays, des bis et des HSH est le seul dans lequel le VIH augmente toujours et il représente près de la moitié des NI. Les HSH nés en France représentent 80% de ces NI et pour les HSH étrangers, 20% viennent d’un pays d’Afrique sub saharienne). D’après cette chercheuse, les HSH nés à l’étranger sont proportionnellement plus touchés.

 

Romain Mbirindi d’Afrique Avenir/Raac-sida a de son côté témoigné des difficultés à organiser des actions en direction de cette population en raison des réticences des autres groupes. L’homosexualité y est souvent mal perçue.

Sandrine Fournier de Sidaction a mené une action de sensibilisation des acteurs de prévention afro-caribéens sur les HSH. Elle a confié que lors d’une intervention de formation, un acteur de terrain a lancé: « Moi, j’étais homophobe et je ne le savais pas ». Pour mener à bien cette action qui a aussi conduit à la publication d’un guide de bonnes pratiques, Sandrine expliquait aux acteurs de formation: « Vous n’êtes pas ici pour aimer les homos mais parce que vous êtes des acteurs de prévention, vous devez vous en préoccuper. » Elle se réjouit que depuis, de nombreuses actions ont été menées, en France métropolitaine mais aussi dans les DOM TOM.

 

En conclusion, Johan Amaranthe a confirmé que Paris Black Pride plaçait cette question de la prévention en tête de son agenda, dans le cadre de son action pour affirmer l’émergence des mouvements noirs et LGBT et de son travail de responsabilisation contre la discrimination. Il a tenu à saluer le travail qualifié de remarquable en prévention et en sensibilisation de la pionnière de la scène voguing en France, Lasseindra Ninja qui assistait d’ailleurs à cette table ronde. Johan a rappelé l’importance du ballroom, vécu comme un refuge pour de nombreux gays afro-caribéens.

Une remarque plus personnelles en guise de conclusion. A l’heure où de nombreuses associations LGBT sont dans une forme de déni par rapport au VIH et à la prévention, nous ne pouvons que saluer la prise en main par Paris Black Pride de cette question.