Queercore: La sale histoire d’un mouvement LGBTQ qui s’oppose aux ‘gays respectables’

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Au milieu des années 80 – alors que l’administration Reagan ignorait criminellement l’épidémie de sida et qu’une « majorité morale » chrétienne se faisait de plus en plus entendre en mettant sur le dos des homosexuels le déclin des « valeurs familiales » – une émanation homosexuelle de la scène punk rock  a émergé et a commencé à remettre en cause l’homophobie de la société en développant une contre-culture composée de musique, de fanzines, d’art et de films.

Ce mouvement a fini par prendre le nom de Queercore et aujourd’hui un documentaire explorant son histoire et son impact sur la société lui est consacré.

Le documentaire s’intitule Queercore: How to Punk a Revolution. On peut y voir les réalisateurs gay Bruce La Bruce et John Waters ; les musiciennes Beth Ditto, Kim Gordon et Peaches , les performeurs queers Genesis P-Orridge, Justin Bond, Jayne County et beaucoup d’autres.

Une sale et rapide histoire du Queercore

Deux artistes queer en particulier — G.B. Jones et Bruce LaBruce — ont contribué à poser les bases de la scène Queercore, avec leur fanzine J.D., qui cherchait à dénoncer « l’embourgeoisement du mouvement gay et les politiques sexuelles problématiques du punk » en partageant leur propre travail et celui d’autres artistes queers.

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Bruce LaBruce, qui a ensuite réalisé plusieurs films explorant les tabous de la sexualité, a déclaré au magazine Dazed:

« L’assimilation gay commençait déjà à cette époque, accélérée par la crise du sida, donc le mouvement gay se distanciait et se dissociait déjà des éléments insoumis, extrêmes et anti-système – des queers qui ne collaient pas au modèle du patriarcat gay blanc et bourgeois. »

Avant le Queercore, la grande majorité de la scène punk était dominée par des hommes blancs hétéros, donc le Queercore a cherché activement à s’opposer à l’autorité dominante et a rejeté l’idée que les gays et les lesbiennes devraient être respectables et similaires aux hétéros. Le fanzine J.D. a souvent juxtaposé des images pornographiques à des textes affirmant avec colère la supériorité des queers.

LaBruce a dit qu’il voulait que son fanzine soit « inclusif pour les queers de toutes les races, gender et persuasions sexuelles… (pas juste) les punks queers, mais aussi ceux qui sont en prison, les prostitués, les minorités raciales opprimées, les personnes trans… tous ceux qui vont contre l’ordre établi et qui avaient les mêmes centres d’intérêts: la déviance sexuelle et la politique radicale. »

queercore documentary
Une page de J.D. (censurée)

Comment le Queercore a dynamité la politique du genre

Le mouvement Queercore a coïncidé avec l’émergence du mouvement Riot Grrrl (qui se concentrait sur le pouvoir culturel du féminisme, les droits reproductifs et l’identité de genre), mais il a aussi donné naissance à sa propre politique gender-fucked, initialement avec l’artiste-performeuse intersexe Vaginal Cream Davis.

Davis ne se considère pas comme une musicienne et a déclaré: « Mon but n’a jamais été d’intentionnellement divertir qui que ce soit ». Mais elle a fait partie de groupes comme Black Fag, ¡Cholita! The Female Menudo et The Afro Sisters qui traitaient de thèmes ouvertement sexuels et raciaux.

Le journaliste Ari Gitzgerald a affirmé que Davis utilisait ses performances pour « porter des coups de poignards satiriques et vertigineux à l’ordre de l’ancien monde, et critiquer le privilège blanc et le patriarcat avec un humour fin et camp façon jeu télé. »

Les principes politiques du Queercore imposaient qu’il n’y avait pas de façon pure ou privilégiée d’exprimer le genre ou la sexualité – cela pouvait aussi bien signifier construire son identité autour d’un fétiche, être fier d’avoir des IST, avoir beaucoup d’amants, vouloir enseigner la santé gay dans les écoles, se moquer du genre de vos parties génitales ou se marier à soi-même et mourir après trop de masturbation.

Les sensibilités Queercore existent toujours

En 2010 et 2011, alors que les gays se battaient pour le droit de rester dans l’armée et pour l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, la Against Equality Press a publié deux libres de pamphlets intitulés Contre l’égalité, qui critiquaient le mariage gay et s’opposaient au fait d’intégrer l’armée.

Quelques uns de ces pamphlets s’opposaient à la fin du « Don’t ask, don’t tell » (la loi qui permettait d’exclure les militaires ouvertement gays de l’armée) , critiquaient l’utilisation d’exécutions de gays en Iran comme prétexte à une hostilité vis à vis du Moyen Orient, et évoquaient le fait que les projecteurs sur le sujet du mariage avaient éclipsé d’autres problèmes comme l’égalité de genre, le travail du sexe et la lutte contre les violences sur les enfants.

L’esprit du Queercore demeure aussi chez ceux qui remettent en cause les marches des fiertés qui font défiler les entreprises qui polluent, les prisons privées et les unités de police avait un passé de racisme et d’harcèlement sur les personnes LGBTQ.

On peut aussi trouver des petits groupes de Queercore dans des festivals de musique queer locaux (comme Another Country et Gay Bi Gay Gay) ou même dans des petits groupes en ligne sur Facebook (comme le montre cette video très Queercore du groupe Bottom Leftist Memes)

Cela ne suffit pas à rendre compte de toute l’histoire du mouvement, mais voici une bonne interview de quelques fondateurs du Queercore.

Traduction: Xavier Héraud