Two sexy guys chemsex

Questionnaire exclusif Hornet: Un quart des répondants gays pratiquent le chemsex

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C’est la première étude de ce genre à cette échelle en France. Vous avez été près de 4000 à répondre à notre questionnaire « Le chemsex et les gays ».  Les résultats ont été présentés en avant-première hier lors de la première édition de Conversation, notre rendez-vous de débats autour d’un thème de santé communautaire. Ils sont détaillés ci-dessous, avec l’analyse de Stephan Vernhes du Spot Beaumarchais et de Fred Bladou, de Aides.

Près de 1000 chemsexers

Rappelons d’emblée qu’il ne s’agissait pas d’un sondage portant sur un échantillon représentatif. Vous avez été précisément 3 736 à répondre, en grande majorité via un message reçu dans vos messages Hornet. Parmi les répondants, 965 ont coché la case « Oui » à la question « Avez-vous pratiqué le chemsex ces douze derniers mois », soit 25% de toutes les réponses.

 

Dans les différentes classes d’âge, les 36-45 ont été un peu plus nombreux à répondre oui (30%) et les 18-24 ans un peu moins (20%).

Parmi ceux qui ont déclaré avoir pratiqué le chemsex, 70% disent être séronégatifs, 21% séropositifs et 8% ne savent pas. Par ailleurs, 82% de ceux qui ne pratiquent pas le chemsex sont séronégatifs et 6% sont séropositifs.

66% de ceux qui pratiquement le chemsex sont célibataires.

Tous les âges sont représentés. Parmi les répondants chemsexers, 24% ont entre 18 et 24 ans ; 36,8% ont entre 25 et 35 ; 28,8% ont entre 36 et 49 ans et 10,4% ont plus de 50 ans.

Les principales raisons qui ont poussé nos répondants à pratiquer le chemsex sont à quasi égalité «Pour améliorer ta vie sexuelle», «Parce que tes partenaires le faisaient» ou «Parce que tu es allé à une soirée où tu étais pratiqué» (environ 27% chacun).

Les répondants pratiquent le chemsex avec un ou des partenaires réguliers qu’ils connaissent déjà (61%), puis avec des partenaires inconnus (49%), lors de soirées chemsex et avec leur boyfriend (respectivement 23 et 24 %) et seul avec du porno à 16%.

A ceux qui se demandent si le sexe seul est bien du sexe, Fred Bladou de Aides a répondu lors de notre Conversation: « Une étude a montré que la stimulation par l’image était équivalente au rapport sexuel, parce qu’elle active les mêmes zones dans le cerveau.  Le chemsex a aussi bouleversé ce constat que les gens n’ont pas forcément besoin d’avoir des relations sexuelles avec d’autres personnes pour faire du sexe. »

 


 

7% des chemsexers pratiquent plusieurs fois par semaine

Pour ce qui est de la fréquence, les répondants affirment en majorité pratiquer le chemsex plusieurs fois par an (31%) et plusieurs fois par mois (29%). Ils sont un peu moins nombreux pratiquer une fois par mois (18%). Ils sont 7% en revanche à pratiquer plusieurs fois par semaine.

Les produits utilisés sont en majorité le GHB, GBL ou « G » à 48%, les Cathinones (3MMC, 4MEC) à 46% suivis de la MDMA, à 38% de la ketamine à 16%. Les répondants ont également déclaré utiliser d’autres produits comme la cocaïne ou la weed à 32%. A noter que chez les 18-24 la MDMA est le premier produit, avec 43%, devant le G et Autres (les cathinones sont en dessous de 30%).

61% des répondants affirment sniffer ou inhaler les produits, 27% à les ingérer et 8% à pratiquer des injections.

Parmi les répondants, 33% affirment consommer des produits en dehors du sexe, avec quelques variations selon l’âge: les 18-24 ans le font à 47%, les 50-60 à 20%. Par ailleurs, les Parisiens sont  45% à consommer hors relation sexuelle.

Paradoxalement, la vie sexuelle est la plus impactée

Nous avions ensuite demandé aux utilisateurs d’Hornet quel était l’impact des produits sur leurs vies sexuelle, affective, sociale, professionnelle et sur leur santé globale. Les réponses se présentaient sous forme d’une échelle de 0 à 10. « 0 » correspondait à un impact nul, une consommation totalement maîtrisée ; « 10 » correspondait à un impact très important avec une consommation hors de contrôle.

En moyenne sur chacun de ces items, entre 20 et 30% des répondants ont déclaré que leur situation était de problématique à très problématique (soit entre 5 et 10). L’impact le plus fort est sur la vie sexuelle, avec 32% des répondants pour qui la consommation commence à poser de sérieux problèmes. Cela monte jusqu’à 50% pour les utilisateurs qui déclarent pratiquer le chemsex plusieurs fois par semaine. On notera par ailleurs que plus de 50% des répondants ont coché la case 0 pour leur vie affective, leur vie sociale et surtout leur vie professionnelle (59%).

Ces chiffres font réagir Stephan Vernes. Le responsable du Spot Beaumarchais, qui anime chaque mardi un groupe de paroles autour du chemsex pointe notamment un paradoxe: « On parle beaucoup de désocialisation, d’isolement, mais on parle peu du fait que le chemsex est censé déshiniber et améliorer les sensations lors de relations sexuelles et au final on voit que c’est la vie sexuelle la plus impactée ».

82% des répondants affirment n’avoir eu aucun recours à des professionnels de santé. Ce chiffre tombe à 66% pour les usagers les plus fréquents de chemsex, ceux qui pratiquent plusieurs fois par semaine. Commentaire de Stephan Vernhes:

« On parle beaucoup des garçons en grande difficulté, mais malgré tout il semble que la grande majorité des usagers soit en contrôle. Ceux qui sont en difficulté sont une minorité, qui semble aller en grandissant, mais une minorité tout de même ».

« T’es tu stigmatisé en raison de ta consommation de produits? », demandions nous. 80% ont répondu « Non, pas vraiment » ou « Non, pas du tout ».

En publiant les résultats de son enquête, Gaystarnews avait titré sur un chiffre choc « 1 répondant sur 4 connaît quelqu’un qui est mort suite à une séance de chemsex ». Nos résultats montre une tendance assez proche: 43% de nos répondants chemsexers connaissent une ou plusieurs personnes en difficulté ; 18% connaissent une ou plusieurs personnes qui ont fait une overdose.

Fred Bladou, de Aides se veut prudent: « Avec les réseaux sociaux, tout le monde connaît quelqu’un qui a eu des difficultés ».  C’est en tout cas moins vrai pour les répondants qui ne pratiquent pas le chemsex. Ils ne sont que 15% à connaître une ou plusieurs personnes en difficulté et 5% à connaître une ou plusieurs personnes qui ont fait une overdose.

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