Remy Hamai, président d'Act Up-Paris

Rémy Hamai, nouveau président d’Act Up-Paris: « Le phénomène 120 battements par minute a été compliqué à gérer »

Act Up-Paris a un nouveau président. La sortie et le succès de 120 battements par minute ont remis en lumière l’association de lutte contre le sida. Nous avons donc voulu rencontrer un représentant de cette nouvelle génération d’activistes, qui gère désormais un héritage qu’elle n’a pas forcément connu de première main.

Celui qui se retrouve aujourd’hui à la tête de l’association se nomme Rémy Hamai. Il a 23 ans, ingénieur et maître verrier, est né et a grandi en région parisienne. Voilà pour l’aspect biographique.

Son parcours militant, Rémy Hamai l’a débuté au sein de l’association étudiante LGBT de son école d’ingénieur. « Cela ne m’a pas beaucoup plu. Ce n’était pas super militant. », confie-t-il. « J’ai eu besoin d’aller à Act Up à cause du sida ».

Il y a deux ans, il se rend à une réunion hebdomadaire (RH), « un peu par hasard, par intuition ». « Je me doutais bien qu’Act Up ça me plairait », ajoute-t-il.

Son intuition était bonne. Il s’investit peu à peu et s’occupe rapidement de la commission LGBT-phobies. « J’ai appris les bases du militantisme, écrire des communiqués de presse, organiser des manifestations », se souvient-il.

Les chantiers ne manquent pas

Avec le conseil d’administration de l’association, il entend poursuivre les chantiers menés par Act Up-Paris jusqu’ici. Et les dossiers ne manquent pas.

Pour commencer, Act Up tient toujours sa permanence Droits sociaux, qui permet entre autre de reloger entre 10 et 20 personnes par an. « Il faut bien voir que les personnes vivant avec le VIH maintenant sont vieillissantes, indique Rémy Hamai. La moité va atteindre l’âge de la retraite. Cela nous fait travailler sur de nouvelles thématiques, dont celle du logement, la précarité, ou des problèmes administratifs pour garder l’AAH ».

« Aujourd’hui, le grand sujet c’est la coordination des soins, poursuit le militant. Le VIH ce n’est pas juste l’infectiologie, c’est aussi les autres pathologies qui se greffent, comme les cancers. Quarante pour cent des personnes séropositives décèdent d’un cancer qui finit souvent en stade sida, d’ailleurs. »

Act Up-Paris manifeste en mars pour les 30 ans d'Act Up-New York
Act Up-Paris manifeste en mars pour les 30 ans d’Act Up-New York

Et puis il y a la prévention. Si Rémy Hamai ne s’étend pas sur la PrEP, il met en avant le site Reactup, créé « pour les séronégatifs afin qu’il le restent », une enquête sur le Traitement post exposition ou un plaidoyer sur la qualité des préservatifs. « Ceux qui sont distribués à une échelle nationale ne sont pas d’une qualité optimale. Du coup, les gens ne les utilisent pas. », précise-t-il.

« Il faut travailler sur la confiance en soi, l’estime de soi », insiste Rémy Hamai. En particulier auprès des jeunes. « Aujourd’hui on voit que les jeunes qui se contaminent sont les jeunes gays. Ils sont dans un groupe où la prévalence est plus grande et ils ont des problématiques supplémentaires à gérer par rapport aux autres jeunes. Ceux qui se contaminent ce sont ceux qui sont rejetés par leur famille ou qui sont discriminés quotidiennement. C’est un cumul de vulnérabilités qui mène aux contaminations. »

Enfin, Rémy Hamai cite pêle-mêle les autres gros sujets sur lesquels l’association travaille: les questions trans, la pénalisation du travail sexuel, les usagers de drogues, la sérophobie, la dotation de la France au Fonds Mondial, qu’Emmanuel Macron envisage de diminuer.

« Ave 120 bpm, les médias ont presque tous parlé d’Act Up au passé »

Nous en venons à 120 battements par minute. « Je suis né, ils avaient à peine mis la capote sur l’obélisque, sourit-il. Je l’ai vu en ne connaissant que l’Act Up d’aujourd’hui. Je me suis rendu compte que ça n’avait pas du tout changé, les méthodes sont les mêmes, ce sont les mêmes profils, les mêmes corps qui parlent. »

Pour l’association, le phénomène 120 bpm, réalisé par un ancien militant, n’a pas forcément été simple à gérer.  » Déjà, il y a des anciens militants qui sont restés à Act Up et qui ont été bouleversés par le film et en plus on ne savait pas du tout comment le public allait le prendre, si on allait mettre Act Up et la lutte contre le sida sur une étagère, comme un objet du passé bien joli ou si les gens allaient se demander où en est le sida aujourd’hui. »

Leurs craintes étaient en partie justifiées. « Les médias ont, pour la plupart, parlé de nous au passé. Mais les spectateurs qui sortent du cinéma se demandent davantage  où en est la lutte contre le sida », estime Rémy.

Le film aura au moins eu un effet concret sur l’association: faire revenir des militants, à tel point que la Réunion hebdomadaire s’est tenue à l’historique amphi des Beaux Arts, au métro Odéon. « Nous étions une soixantaine la semaine dernière, indique le militant. Ce ne sont pas des curieux. Il y a d’anciens militants et des gens très jeunes qui étaient en questionnement sur la militance, qui voulaient s’engager et pour qui le film a été un déclencheur. Ils viennent, prennent leur temps, écoutent. Certains sont déjà dans l’action. Ça ne peut être que bénéfique. »

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Alors qu’on s’apprête à mettre fin à l’entretien, il plaide une dernière fois pour l’association: « Je me suis beaucoup investi, j’ai beaucoup écrit, j’ai appris plein de choses, des choses que je pensais impossibles. J’ai fait la couturière pendant des heures pour préparer des objets, notamment pour la marche des fiertés. C’est un endroit où on accorde aux gens la confiance. On te laisse écrire, faire des actions, monter des projets. A l’extérieur, les gens nous dévalorisent. » Et de conclure:

« Act Up ce n’est pas pour tout le monde, mais il y a beaucoup de gens à qui ça correspondrait. »

Dans l’immédiat, Act Up commence à préparer le 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le VIH/sida, que l’humour noir de l’association désigne sous le nom de « Saint-Sida ».

L’association occupera l’Espace des Blancs Manteaux, dans le Marais, à Paris, pendant plusieurs jours autour du 1er décembre et tente de convaincre la préfecture de lui laisser organiser une véritable manifestation, et pas seulement un rassemblement.

« Pour redire que le VIH/sida reste un vrai sujet », répète une dernière fois Rémy Hamai. Le faire comprendre ne sera pas le moindre de ses chantiers à la tête d’Act Up-Paris.

Photos: Xavier Héraud