Rencontre avec le couple gay se tenant par la main sur une nouvelle mosaïque du métro new yorkais

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New York est l’endroit le plus gay au monde. Nous le savons tous, non? Je n’ai pas de statistiques sous la main, mais connectez-vous à une appli de rencontres et instantanément une centaine de profils d’hommes tout près de vous apparait. Bref, New York est über gay.

Alors, pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour que nous puissions avoir de l’art public über gay?

Eh bien, on dirait qu’on n’a plus besoin d’attendre.

Non seulement New York a inauguré une ligne de métro flambant neuve et trois nouvelles stations rutilantes, mais la ville possède aussi sa première oeuvre d’art public LGBT et non politique permanente.

Après avoir attendu près d’un siècle pour être construit, l’extension de métro de la Deuxième Avenue à Manhattan a ouvert le dimanche avec beaucoup de pompe. Trois nouvelles stations ont ouvert aux 72e, 86e et 96e Rues. Ce n’est pas vraiment une toute nouvelle ligne, juste une extension de la ligne Q, qui va maintenant de l’Upper East Side à Coney Island.

La station de la 96e Rue est particulièrement brillante. Ce qui l’a rend encore plus fabuleuse est une fresque captivante de Vik Muniz. «Plus de trois douzaines de portraits de mosaïques représentant les habitants de New York qui attendent un train ornent les murs de la nouvelle ligne», écrit Buzzfeed.

Un de ces portraits est celui du couple marié Thor Stockman et Patrick Kellogg.

Le couple est particulièrement fier de sa participation au projet parce qu’ils ne se sentent pas représentés dans la culture populaire. « Nos amis étaient heureux que ce soit la représentation gay sur les murs de New York, mais nos amis étaient encore plus heureux que cette représentation gay n’était pas incroyablement belle et mince», a déclaré Kellogg au New York Post.

Nous avons interviewé Stockman et Kellogg pour trouver des réponses à nos propres questions. Voici ce qu’ils nous ont dit au sujet de toute cette expérience d’être immortalisés sur les murs du métro de New York, et nous avons parlé des homophobes, pourquoi ils n’en ont pas encore vu et ce qu’ils espèrent pour le futur.
Pouvez-vous décrire vos émotions lorsque vous avez vu la fresque en personne?

Thor Stockman: En fait, nous ne l’avons pas encore vue. Nous avons pensé attendre quelques jours que la foule se dissipe, et nous avons été occupés à soigner mon ancien partenaire, à l’hôpital qui se remet d’une chirurgie. Mais nous allons y aller ce soir!

On nous a dit il y a presque un an que nous serions inclus, et nous étions très heureux! Mais c’était dur de cacher cette info et de n’en parler à aucun ami ou à notre famille. Cela a surtout signifié beaucoup pour moi parce que j’aime toutes les mosaïques du métro ici. Mon grand-père en avait fait son hobby et j’ai grandi entouré de son travail.

Que ressentez-vous de représenter une partie de notre communauté qui est très peu visible non seulement dans les médias traditionnels, mais aussi dans les médias gays?

TS: Je n’ai jamais pensé que nous représenterions d’autres personnes que nous-mêmes, mais à voir ce que provoque deux hommes qui se tiennent simplement la main sans honte, je réalise que c’est important. Je peux donc comprendre pourquoi les gens pensent que nous représentons la communauté LGBTQ new-yorkaise dans son ensemble dans l’art de rue, puisque nous sommes autrement si invisibles. Il y a quand même plus de 36 personnes dans les mosaïques de Vik Muniz dans cette station, dont certaines sont probablement gays aussi.

Patrick Kellogg: La curiosité positive est géniale. J’ai entendu dire que les gens vont parfois la queue pour être pris en photo devant la fresque. Beaucoup de couples insistent pour voir cette mosaïque en particulier et pour en faire partie, et c’est merveilleux. Prendre la main est un geste que n’importe qui peut faire, pour quelque raison que ce soit.

Courtesy of Thor Stockman and Patrick Kellogg

Pourquoi pensez-vous que tant de gens sont attirés par cette histoire?

TS: Je citerai les mots de cette femme d’Asie du Sud dans le New York Times, qui a pleuré en voyant la mosaïque d’une autre femme d’Asie du Sud habillée dans un sari: «Être représentée, ça compte». Je pense aussi que les mosaïques de Muniz sont si populaires parce qu’elles semblent conçues – corps entier, taille réelle et colorée – pour encourager les selfies interactives avec eux. Mais aussi parce que ce sont d’étonnantes et de belles œuvres d’art.

PK: J’ai été surpris que la mosaïque a eu autant d’attention. C’est juste un des 36 portraits de Vik Muniz dans la série Perfect Strangers. Il y a tellement d’autres mosaïques géniales dans la station que je ne pensais pas que celle-ci se démarquerait.

Il faudrait demander à Muniz quelle était son intention en tant qu’artiste. J’ai lu une citation de lui: « Ce sont juste des gens que vous vous attendriez à voir. Vous vous attendriez à voir des hommes se tenir la main. Je pense que Muniz serait étonné que cette mosaïque -en dehors de tout le travail politique qu’il a fait – soit controversée. Je pense que nous sommes juste censés être deux New-Yorkais attendant le métro … ayant l’air de s’ennuyer un peu, ne prêtant attention à rien.

Y at-il eu des réponses négatives et comment réagissez-vous à cela?

TS: J’aurai du m’attendre à toute cette haine qui s’est répandue sur Internet – «Pervers répugnants!» – mais je suis toujours surpris de voir comment certaines personnes deviennent si énervés face à quelque chose d’aussi mineur que deux hommes qui se tiennent la main. Certains disent que la mosaïque sera défigurée. Mais la grande surprise a été la critique de certains gays et de certaines lesbiennes que nous sommes trop blancs, trop mâles, pas assez que, trop vieux, trop hors de la norme-et j’en passe- pour bien représenter la grande et diverse communauté LGBTQ new-yorkaise. Et je suis plutôt d’accord avec cela, mais j’encourage également tout le monde qui pense que l’art ne les représente pas, de créer de l’art. Ecrivez les histoires et les chansons, faites des peintures et des bandes dessinées et des films qui montrent au monde combien nous sommes fabuleux et déchaînés.

PK: J’ai été choqué par les trolls sur internet. En voyant la mosaïque, certains commentateurs ont répondu «beurk» (et pire, bien pire). C’est bizarre que deux hommes qui se tiennent la main puisse provoquer une telle réaction en 2017. Nous ne sommes même pas en train de nous embrasser. Un site web a même dénoncé toute une théorie du complot sur la façon dont cette mosaïque essayait d’amener plus de gens à devenir gay, que Muniz faisait partie d’une «cabale hollywoodienne» d’artistes pro-gay produisant de la propagande.

Qu’est-ce que vous espérez maintenant?

J’ai déménagé à New York en 2010 pour vivre avec Thor. Je suis un grand fan de musique. J’essaie de voir un ou deux concerts par semaine. J’aime lire au sujet des scènes de la New Wave et de la NO Wave des années 80, et j’espère que cela pourrait être rappelé en quelque sorte par la ville. Si je pouvait choisir l’art à New York, j’aimerais voir un hommage aux activistes trans de Stonewall comme Marsha P. Johnson, Sylvia Rivera ou Stormé DeLarverie. Nous avons besoin d’un mémorial à tous les gays qui draguaient sur les piers au bout de la Christopher Street, ce qui faisait de New York une ville géniale.

TS: Je veux voir un monde où plus de couples de même sexe se sentent en sécurité pour se tenir par la main en public -et d’autres marques d’affection-jusqu’à ce qu’il devienne si commun et quotidien que personne ne le remarque. Bref, plus de queer, plus d’amour et plus d’art.

Traduction: Christophe Martet

NDT: si nous pouvions avoir la même chose à Paris…