Shams Tunisie et ARDHIS: mieux connaître les deux associations décorées par Anne Hidalgo

Mardi 13 juin dernier, Anne Hidalgo, la maire de Paris a distinguée deux associations pas forcément très connues. Shams, association qui lutte pour la dépénalisation de l’homosexualité en Tunisie, et l’ARDHIS, qui accompagne les réfugié-e-s et les couples bi-nationaux LGBTI. Toutes deux ont reçues la plus haute distinction de la Ville, la médaille Vermeil qui reconnaît leur rôle important dans la lutte pour les droits LGBTI.

Shams Tunisie

Créée en janvier 2015, Shams Tunisie reste une association fragile car le gouvernement tunisien refuse de publier les statuts de l’association dans le Journal officiel de la République tunisienne. Sur son site, la mission est détaillée ainsi:

  • Sensibilisation sur les maladies sexuellement transmissibles
  • Encadrement des minorités sexuelles sur les plans moraux, matériaux et psychologiques
  • Œuvrer pacifiquement pour l’abolition des lois ségrégationnistes portant atteinte pour les minorités sexuelles.
  • Défendre le droit de l’Homme à vivre dignement quelque soit son orientation sexuelle ou sa différence.

Sa principale revendication reste l’abolition de l’article 230 pénalisant l’homosexualité. En Tunisie, les homosexuels sont également soumis à des tests anaux, une pratique condamnée par l’Onu. En avril 2017, l’Ordre des médecins a publié un communiqué demandant aux médecins d’informer les victimes de leur droit de refuser un tel examen. Mais pour Shams, ce n’est pas suffisant. Dans une interview accordée à Maze, son président Mounir Baatour explique que rien ne permet des conditions sereines pour aboutir à un consentement. « La seule issue possible serait, selon lui, que l’Ordre des médecins se positionne pour une réelle interdiction du test anal sous peine de sanctions disciplinaires envers les médecins. »

Si la Tunisie s’est débarrassée d’un dictateur, le pays est dirigé par les islamos-conservateurs, « qui persécute les homosexuels et qui les jette en prison », affirme Mounir Baatour.

Le président d’honneur de l’association Yadh Krendel, qui a reçu cette distinction au nom de l’association à l’Hôtel de ville de Paris, a tenu a rappelé lors de son discours le combat qui reste à accomplir pour la cause LGBT en Tunisie: « 42 arrestations depuis le début de l’année. Les article 226, 226 Bis et 230 du code pénal tunisien font toujours des victimes chez les lesbiennes, les gays, les bi et les trans dans ce pays qui a connu la fameuse Révolution du Jasmin. Cette fameuse révolution où tout un peuple a demandé à l’unisson du travail, de la liberté et de la dignité ».

Il existe aussi une association Shams France, qui a été créée en juin 2016.

 

ARDHIS

Née du Collectif des Homos Sans Papiers, l’ARDHIS, association mixte a été créée en juillet 1998. L’association résume ainsi sa mission sur son site. « L’Ardhis a pour objet de faire reconnaître les droits au séjour et à l’asile des personnes homosexuelles et transsexuelles étrangères, que ces droits soient fondés sur l’existence d’une vie en couple avec des ressortissants français ou avec des Etrangers résidant de manière durable en France, ou bien sur la protection demandée au motif des persécutions que ces personnes ont subies ou risquent de subir dans leur pays du fait de leur orientation sexuelle ou de genre. »

En 2016, près d’une centaine de couples ont été reçus l’an dernier par le pôle couples. L’année dernière, les 42 bénévoles du pôle asile ont accompagné plus de 1000 demandeurs et demandeuses d’asile (DA) (soit 26% de plus qu’en 2015). Parmi ces DA, près de 500 sont des « nouveaux arrivants». La plupart des DA viennent d’Afrique sub-saharienne et australe, puis d’Asie et d’Afrique du Nord. Mais l’ARDHIS accompagne aussi des DA venus d’Europe de l’Est, et de la Russie, du Moyen Orient et d’Amérique Centrale et du Sud. Depuis quelques années, l’ARDHIS a su faire reconnaître son rôle important auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection pour les Réfugiés et Apatrides). Mais elle poursuit aussi son travail de plaidoyer:

  • Suppression de la liste des pays sûrs élaborée par le Conseil d’Administration de l’OFPRA et octroi des droits sociaux égaux pour tous.
  • Accès effectif aux conditions matérielles d’accueil pour tous les demandeurs d’asile tel qu’établies par la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l’accueil des personnes demandant la protection internationale. 
suppression de la procédure Dublin III de façon à permettre à tout demandeur d’asile de mener la procédure dans le pays de son choix.
  • L’ARDHIS demande encore et toujours de garantir aux demandeurs d’asile le bénéfice d’un entretien sans contrainte d’horaire (d’un minimum d’une heure) avec un officier de protection de l’OFPRA.
  • Une meilleure formation ou sensibilisation des officiers de protection de l’OFPRA aux spécificités des personnes LGBTI demandant l’asile reste à pérenniser.

L’ARDHIS propose aussi aux DA des activités conviviales: soirée au Tango, piques niques, club de foot mais aussi enseignement du français.

(Photo Sophie Robichon, Mairie de Paris)