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Sidaction 2017 : ‘Nous serons plus que jamais détectables tant que l’épidémie continuera de faire des ravages dans le monde’, par Florence Thune

Florence Thune est directrice des programmes France à Sidaction. Lors du lancement de l’opération de collecte, le 7 mars dernier à Paris, elle a prononcé un discours remarqué sur l’état de l’épidémie et les raisons qui obligent à poursuivre la mobilisation. Avec son aimable autorisation, nous publions ces mots forts et beaux.

Depuis plus de 20 ans, les progrès dans la lutte contre le VIH sont considérables et nous sommes fiers à Sidaction d’y avoir contribué, avec vous tous ici présents.

Amélioration de l’efficacité des traitements, diminution de leurs effets indésirables, baisse du nombre de décès, augmentation du nombre de personnes ayant accès aux traitements dans les pays en développement, temps considérablement réduit pour obtenir le résultat d’un test de dépistage, diversification des moyens de prévention.

Autre progrès quasiment révolutionnaire : grâce aux traitements, le virus est devenu indétectable chez les personnes vivant avec le VIH, avec un effet direct sur leur état de santé, mais également sur le risque de transmission, rendu insignifiant, voire inexistant.

Le VIH peut donc devenir indétectable…

Mais ce que nous voulons vous dire ce soir, c’est que la lutte contre le sida, elle, n’est pas près d’être indétectable. Et nous avons besoin de vous, partenaires medias, pour le faire savoir.

Nous ne serons pas indétectables tant que ce virus ne sera pas éradiqué, tant que nous ne pourrons pas parler de guérison, tant que les chercheurs devront continuer à se pencher sur la manière dont il s’agrippe à nos cellules et s’y installe…

Nous serons bien présents tant que le VIH exposera les personnes séropositives à un risque accru de développer d’autres pathologies, comme certains cancers ou maladies cardiovasculaires.

Nous serons plus que jamais visibles tant que des personnes séropositives auront encore besoin des associations pour avoir accès à leurs droits, pour obtenir une couverture sociale, se nourrir, se loger, ou même pour se déplacer pour aller se soigner.

Nous serons détectables aussi longtemps que des personnes, quelque soit leur origine, leur orientation sexuelle, leur genre, leurs pratiques, subiront des violences physiques, psychologiques ou sociales, à cause du VIH ou de ce qu’elles sont, tout simplement.

Tant que ces mêmes personnes subiront des lois qui les mettent en danger ou les excluent, ici ou à l’étranger. Qu’il s’agisse des minorités sexuelles et de genre, des personnes incarcérées, des professionnel.le.s du sexe,…

Nous serons détectables tant que ceux et celles qu’on appelle « les survivants », contaminés aux premières heures de l’épidémie, qui vieillissent mais qu’on oublie parfois, subiront encore les conséquences d’une vie entière avec le VIH.

Le nombre de nouvelles contaminations ne baisse pas, en France et dans le monde, mais nous non plus, nous ne baisserons pas les bras.

Nous serons visibles et engagés tant que les moyens n’auront pas été mis en œuvre pour que chacun accède à la prévention qui lui convient, sans jugement aucun, qu’il s’agisse d’un préservatif ou de la PrEP, ce traitement utilisé en prévention.

Nous serons, bien entendu, plus que jamais détectables, tant que l’épidémie continuera de faire des ravages dans le monde, encore plus de 2 millions de nouvelles infections l’année dernière, plus de 6000 en France… Et nous serons bien visibles tant que les traitements resteront inaccessibles pour une personne séropositive sur deux dans le monde…

Nous serons détectables tant que des menaces pèseront sur les financements internationaux dédiés à la santé et à la lutte contre le sida, et notamment ceux attribués au Fonds Mondial ou UNITAID.

Et ce nous, depuis plus de vingt ans, c’est ce qui fait notre force.

Ce « nous », ce sont bien entendu les équipes de Sidaction, mais également nos donateurs ou nos partenaires medias depuis maintenant 23 ans.

Ce « nous, ce sont ces chercheurs, ces médecins, ces militants et professionnels associatifs qui composent notre conseil d’administration, ou ceux dont nous soutenons les actions au quotidien.

Impossible de tous les citer mais nous sommes fiers à Sidaction de soutenir une grande diversité d’acteurs associatifs, comme Acceptess-T qui intervient auprès des personnes transgenres, comme le collectif Droits et Prostitution ou l’Observatoire International des Prisons, et bien entendu toutes ces associations qui travaillent auprès des personnes les plus précaires, comme Basiliade, Aurore, Envie, Ikambere et tant d’autres encore..

Fiers de soutenir en Russie Humanitarian Action, qui intervient auprès des usagers de drogue, Tochka Opory en Ukraine, Action Contre le Sida au Togo qui accompagne les femmes vivant avec le VIH et leurs enfants, Alternatives Cameroun et son incessante mobilisation pour défendre les droits des LGBT.

Fiers aussi de développer des programmes de formation comme ce sera bientôt le cas avec le programme Perspectives en Afrique subsaharienne.

Fiers de soutenir des projets de recherche scientifique très divers, qui nous permettent de mieux comprendre le virus et le mécanisme de contrôle par notre organisme afin de développer des nouvelles stratégies de prévention et de thérapie. Ce sont des recherches longues et couteuses sur lesquelles la communauté de chercheurs est très mobilisée.

Nous souhaitons, dans les années à venir, favoriser l’émergence de projets de recherche innovants et pluridisciplinaires, une recherche ambitieuse et de qualité, et encourager les jeunes chercheurs qui souhaitent s’impliquer sur la question du VIH.

Nous souhaitons contribuer avec force à lever tous les obstacles entravant l’accès au dépistage du VIH et des infections sexuellement transmissibles, lutter contre tout ce qui freine l’accès aux soins pour les personnes les plus vulnérables, les plus stigmatisées, en France et à l’étranger.

Parce que nous savons, depuis plus de 20 ans, que c’est cette diversité d’acteurs et de projets qui permettra un jour de mettre fin à l’épidémie. Et peut-être, un jour, de devenir effectivement indétectable.

Florence Thune

 

Sidaction, les 24, 25 et 26 mars prochain.